Homelie du 2ème Dimanche 2020 par Mgr Wintzer

19 janvier 20202ème Dimanche du Temps ordinaire

Il y a une semaine nous fêtions le Baptême du Seigneur, nous venions de fêter Noël et l’Epiphanie, d’ailleurs je crois que le partage des galettes se poursuit encore quelques jours, si ce n’est quelques semaines… pourtant, depuis lundi, nous sommes revenus dans le temps ordinaire.

Je remarque que l’on dit que, souvent, le mois de janvier, est un mois plus difficile pour le moral de la population : les fêtes sont finies, les jours sont courts, il n’y a pas beaucoup de luminosité… j’arrête cette description, je ne voudrais pas plomber l’ambiance.

Le problème c’est que nous voudrions que la vie soit une fête perpétuelle, toujours marquée par des événements un peu exceptionnels, un peu comme si c’était Noël tous les jours.

Or, ce qui donne du prix à la fête c’est que tous les jours ne sont pas des jours de fête ; sont-ils pour autant des jours pénibles ?

De même, la prière chrétienne, l’année chrétienne, fait alterner des moments exceptionnels et, ce que l’on appelle, le temps ordinaire.

Ceci exprime la vie : l’alternance des saisons – même si on dit qu’il n’y a plus de saison – et c’est la vie paysanne : en janvier, nous ne sommes pas dans la saison des tomates, plutôt celle des endives !

Pourtant, dans la vie chrétienne, une réalité est la même, dans le temps ordinaire et celui des fêtes : c’est la rencontre du Seigneur Jésus.

Or, c’est ce que vient de dire l’Evangile, nous n’avons pas accès à Jésus en direct, il faut passer par des témoins.

Aujourd’hui, le témoin qui nous est donné, nous sommes toujours dans la lumière de la fête du baptême du Seigneur, ce témoin c’est Jean-Baptiste.

Vous le savez, c’est lui qui va guider les premiers disciples à rencontrer Jésus et à le suivre.

Ces premiers disciples furent en effet les siens, c’est lui, Jean, qu’ils suivaient, mais Jean va les aider à le quitter pour qu’ils se mettent à suivre Jésus.

C’est notre rôle, c’est la mission de toute l’Eglise : non pas de garder les gens pour nous, mais de les conduire à Jésus.

Ceci se résume de quelques mots, ceux du Baptiste à la fin de l’Evangile : « C’est lui le Fils de Dieu ».

Ceci veut aussi signifier que l’on ne voit pas Jésus en direct, face à face, nous passons toujours par des médiations, par des témoins.

Avant tout d’autres personnes, d’autres chrétiens.

Je pense que chacun de nous peut nommer les personnes, voir leur visages, celles qui nous ont permis de connaître Jésus, de croire en lui ; souvent des gens de notre famille, mais pas uniquement.

Bien entendu, ce qui témoigne de Dieu, ce sont les Ecritures.

Peut-être connaissez-vous cette parole de saint Jérôme : « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ».

Pour le dire autrement : c’est en écoutant, en lisant la Bible, l’Evangile, que nous découvrons le visage du Christ.

Vous savez que c’est le premier appel du synode : permettre la connaissance des Ecritures, les lire, les écouter, les commenter.

C’est aussi la prière, nos liturgies, dont la messe ; combien de personnes ont été touchées en entrant dans une église par un chant, une lecture, un geste, une assemblée chrétienne en prière.

Et j’ajoute que, ce qui nous parle de Dieu, c’est son œuvre, autrement dit c’est la création.

Depuis lundi, j’ai été frappé d’avoir entendu ô combien d’entre vous, exprimer la force de leur rapport à la nature.

Bien entendu les agriculteurs, mais aussi tous ceux pour lesquels le jardin, le travail de la terre, est important et même vital.

Pour un urbain comme moi, c’est important que j’entende cela.

A travers la création, la nature, nous entrevoyons quelque chose des traits du Créateur.

Et la création, c’est la nature bien entendu, mais c’est aussi chacun d’entre nous.

Vous savez combien le rapport à la nature est aujourd’hui compliqué, parfois blessé.

On en vient à accuser tous ceux qui mettent la main à la terre d’abimer cette terre.

Beaucoup d’agriculteurs doivent supporter une parole négative dite sur leur travail et sur leur vie.

Plus généralement, on en vient à penser que la nature serait respectée à la mesure où l’homme n’y interviendrait jamais.

L’être humain n’est alors regardé que comme un prédateur, un ennemi de la nature.

Bien sûr que l’humanité peut se tromper, peut commettre des fautes, mais quelle tristesse lorsque l’on perd toute confiance et toute espérance en l’humanité.

Tous, nous commettons des erreurs, mais tous, nous sommes capables de les reconnaître et de changer.

La planète est ce qu’elle est, grâce au Créateur, grâce à ce qu’elle vit elle-même, mais aussi grâce aux êtres humains ; même la forêt amazonienne est habitée et aménagée par ses habitants, même si elle n’est certes pas un jardin à la française dessiné par Le Nôtre !

La produit que nous célébrons aujourd’hui, le vin, est, comme le dira la prière tout à l’heure, fruit de la terre et fruit du travail de l’homme.

On n’a jamais vu un cep de vigne produire de lui-même du vin ! Combien de travail, d’attention, de savoir-faire pour produire du bon vin, vous le savez bien.

Bien entendu que nous pouvons parfois être des prédateurs, surtout les uns vis-à-vis des autres, mais nous sommes surtout des coopérateurs de la nature, des jardiniers de la création, qui pouvons même, il faut le dire, embellir ce que la nature produit par elle-même.

Voilà ce qui témoigne de Dieu : la nature et l’être humain, non pas ennemis, mais unis, liés, inventifs, créateurs.

C’est dans cela qu’il faut nous encourager et nous soutenir.

Les reproches perpétuels, les accusations incessantes n’ont jamais aidé quelqu’un à grandir ou à progresser.

Apportons-nous un peu de soutien.

Croyons aussi, croyons surtout, que c’est ce que le Seigneur fait pour nous : il veut du bien, il fait du bien, et c’est cela qui donne de l’énergie et qui aide à vivre, et aussi à vivre les conversions nécessaires, à notre époque et à notre avenir.