La parole se libère !

     Le texte que vous lisez ci-dessous est un témoignage des échanges qui ont eu lieu vendredi 19 novembre 2021 à la Maison Pastorale de Mauléon, suite au rapport de la CIASE sur les abus sexuels dans l’Église. « La Parole se libère  » telle fut l’expression d’une participante à la fin de cette rencontre. Une rencontre que nous avons commencé par un temps de prière avec un chant à l’Esprit Saint et la lecture de l’Évangile du jour. 14 participants ont échangé, certains avec beaucoup d’émotion, d’autres avec de la colère, tous avec honte et consternation devant l’ampleur de ce qu’a révélé ce rapport de la CIASE.

Quelques extraits de paroles échangées :

– Je suis blessé que cela se passe dans l’Église et qu’il ait fallu attendre si longtemps.
– A un moment donné on en a parlé mais l’indifférence est vite revenue. Finalement peu de gens ont été intéressés, ça fait mal.
– Petit à petit on avance. Mais il ne suffit pas de parler, il faut agir, comme le « Verbe qui s’est fait chair ».
– Est-ce qu’on ne met pas les prêtres trop « haut » ? Pourquoi les appeler Père ? N’est-ce pas les mettre à part ?
– J’ai appris la nouvelle du rapport de la CIASE au moment de monter dans le car pour un pélé et j’ai failli ne pas y aller tellement j’étais suffoquée.
– J’ai le sentiment que les évêques ont été acculés à réagir et ont agi sous la pression qui était de plus en plus forte. Dommage d’en arriver là.
– Je suis perturbé par des paroles d’évêques qui ne semblent pas prendre la mesure de la gravité de la situation. Ils sont dans un état d’esprit qui me perturbe.
– Un Père protège ses enfants, les évêques ont failli à leur mission.
– Un geste fort des évêques vis-à-vis des victimes aurait été la démission collective pour renommer seulement les évêques qui n’ont pas couvert ces actes.
– Cette situation me blesse car on est sensé annoncer une Parole, celle de l’Évangile et nos actes trahissent cette Parole.
– Merci à ceux qui ont osé les premiers se battre pour faire éclater la vérité de ce qui était caché, souvent volontairement par la hiérarchie de l’Église.
– Les laïcs ne sont absolument pas en responsabilité, mais leur laisse-t-on la place ?
– J’ai été interne en pensionnat et ces choses-là je les ai vues, sans forcément bien comprendre et sans avoir de moyens pour agir.
– Je suis en colère car cela a été couvert par la hiérarchie pour se protéger et protéger l’institution.
– Je me sens responsable comme membre de cette Église et j’ai honte.
– J’ai accompagné une dame qui avait été violée et dont le frère, violé lui aussi, s’est suicidé. Enfin on parle de reconnaissance par la loi. Cette personne était au fond du trou, pourra-t-elle s’en sortir ?
– Une personne me dit : ce n’est pas possible car des gens qui dénoncent des faits et se disent victimes, ce n’est pas vrai.
– Cette femme dont le fils est prêtre et qui n’arrive plus à dormir.
– Dans l’Église, on peut être différents mais on a tous la même valeur, on est sur le même pied d’égalité.
– Si on ne dit rien on cautionne ce qui se passe. Il faut prendre la parole agir et faire.
– Ce n’est pas entendable ces abus, de la part de personnes qui annoncent par ailleurs la Parole de Dieu.
– Quel dommage que l’Église n’ait pas mis autant d’énergie à s’occuper de certains problèmes plutôt que de se focaliser sur le célibat des prêtres par exemple.

     Tous les participants ont exprimé leur satisfaction d’avoir pu partager en vérité et sans tabou ce qu’ils avaient sur le cœur, dans le respect des uns et des autres. Et d’autres rencontres comme celle-ci peuvent être envisagées, en vous tournant vers le délégué pastoral de votre communauté.