Édito du Père Maurice REVEAU

ASSOMPTION 2020

REGARDER MARIE

     Edmond Michelet, qui fut plusieurs fois ministre après la guerre 39-45, a raconté dans un livre sa déportation par les Allemands à Dachau. Et dans ce livre, il rapporte le fait suivant : au camp de Neue Bremen, avant le départ pour Dachau, dans le groupe auquel il appartenait se trouvait un jeune juif. Un après-midi, on vint le chercher pour l’interrogatoire et la torture. Lorsqu’on  le ramena, le soir venu, il était en piteux état. Et cette soirée-là, le moral ne fut pas très haut dans le petit groupe. Pour dissiper un peu la tristesse, au moins quelques instant, quelqu’un proposa que chacun récitât un poème. Ce qui fut fait. Chacun essaya de retrouver quelques vers, conservés dans sa mémoire depuis l’école ou le collège. Au bout d’un moment, ils furent surpris d’entendre une voix derrière eux ; « Moi aussi, je veux dire un poème ». C’était le jeune juif qui avait repris connaissance. Et en articulant lentement, marquant chacune des rimes. Il commença à réciter ce texte de Paul Claudel :

« Il est midi, je vois l’église ouverte, il faut entrer.
Mère de JESUS-CHRIST, je ne viens pas prier.
Je n’ai rien à offrir, rien à demander.
Je viens seulement, Mère, vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis  votre fils et que vous êtes là. »

     Comme nous invite ce poème, regardons MARIE. Regardons-la, dans la belle lumière de ce Mystère que l’Église célèbre chaque année le 15 août : son Assomption. Regardons-la, parvenue avec son corps et son âme au Royaume du Ciel auprès de son Fils. Regardons-la, parce qu’elle est Belle. Elle est Transparence. Elle est le reflet du cœur de Dieu.

     Un enfant, candidement, disait un jour à son papa : « Comment as-tu fait pour me choisir la maman qu’il me fallait ?  Tu as deviné que c’était juste celle que je voulais ! » En pensant à Marie, notre Mère à tous, nous pouvons, je pense, reprendre les jolis mots de l’enfant pour dire à notre Père des cieux : « Toi, Seigneur, était capable de nous choisir et de nous donner une telle Mère, ‘juste celle qu’il nous fallait ! »

      Une Mère qui soit à la fois Mère de Dieu et Mère des hommes.
Une Mère qui soit à la fois une femme de chez nous, une créature comme nous et une créature au-dessus de nous, « pleine de grâce » « immaculée ».
Une Mère qui soit à la fois Reine pour tout nous  et une Reine qui soit à la fois Mère pour tout nous accorder.
Une Mère qui soit à la fois Reine des anges et Refuge des pécheurs.

     Après avoir terminé la récitation de son poème, Edmond Michelet mentionne que le jeune juif mourut quelques instants plus tard… Mourir avec la Vierge Marie !

Mais aussi Vivre avec la Vierge Marie. La regarder. La prier.
« Je sais que je suis votre fils et que vous êtes là. »
Que vous êtes là « maintenant » et que vous serez là « à l’heure de notre mort. »