Témoignage de Sœur Odile, Carmel de Migné Auxence

Témoignage d’une sœur cloîtrée originaire de la paroisse

Entrer au Carmel, est-ce être en cage ?

Peu de temps après une nièce à la maternelle des Echaubrognes  disait à la maîtresse qui montrait aux enfants des oiseaux en cage  lui dit : « c’est comme tatate Odile ». Pour elle j’étais en cage. L’an dernier j’ai fêté mes 50 ans de profession religieuse. Mes frères et sœurs m’ont fait la surprise d’un chant à la fin de la célébration rappelant le jour où j’ai annoncé mon départ pour le Carmel à ma famille. J’y relève ces paroles : « C’est bizarre cette cage, qui me bloque la poitrine, je ne peux plus respirer ? Ça m’empêche de chanter ». Paroles que beaucoup de personnes (aujourd’hui confinées dans leur appartement peuvent faire leur). – Ces paroles exprimaient ce que ressentaient mes frères et sœurs à ce moment-là – Quant à moi, ces autres paroles du chant expriment bien ce que je vivais : »Comprenez bien : je vole, vers Celui qui m’appelle, je vole, je vole. »

Le confinement, une autre cage ?

 Aujourd’hui face à cet événement dramatique qui secoue l’humanité : la souffrance des malades – la surcharge des médecins et soignants, de tous ceux qui leur viennent en aide – des familles qui voient les leurs  partir sans pouvoir les accompagner (sépultures manquant de dignité humaine) – le désarroi de tous ceux qui sont confrontés au confinement et dans des conditions difficiles, je me dis en même temps que le confinement à des points positifs et peut  être accueilli comme une grâce.

Nos contraintes dues au confinement.

Je pense à la privation de la vie sacramentelle : Eucharistie, réconciliation.

Je pense au travail : la confection pour l’artisanat monastique a cessé –

Je pense à la nécessité de se protéger – de ne pas  être nuisible pour les autres – portail fermé – plus de visite à l’accueil – plus de visite de famille… etc…

Un horizon qui s’élargit. Connaître son cœur.

Mon entrée au monastère (par choix) me mettait dans un confinement : clôture – silence – solitude – rupture avec les relations – la vie de travail – séparation de ma famille. L’une de mes premières découvertes au Carmel a été de constater que tout cela ne me conduisait pas à un enfermement mais à une ouverture – mon horizon bien au contraire s’élargissait en prenant de la distance, du recul on voit plus loin. Et puis il y a tous ces moments consacrés à la prière. Prendre le temps de s’arrêter – de réfléchir sur le sens, le but de notre vie.

Du repos dans la fatigue

Dans ses écrits Sainte Thérèse d’Avila nous raconte qu’au soir d’une journée éprouvante où elle se trouvait devant son assiette, fatiguée, sans appétit, Jésus lui apparut, lui tendit un morceau de pain et lui dit « mange, ma fille, puis il ajouta : j’ai de la peine de te voir souffrir mais c’est ce qui te convient en ce moment ». Jésus, tu es le Chemin, la Vérité, la Vie, donne-moi d’accueillir ce temps comme un appel à changer de vie, donne-moi de fixer les yeux sur Toi, d’écouter ta Parole, c’est là que je découvrirai la Lumière. Purifie-mon cœur de tout égoïsme, enfermement, creuse en moi l’espace où tu puisses venir revivre le don de ta vie pour le salut de mes frères