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Édito de la semaine

Commentaire de l’Evangile du Jour (18 Octobre 29ème dimanche du Temps Ordinaire) de l’Abbé Thierry Delumeau :

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mt 22,21) dit Jésus. Pharisiens et hérodiens ne manquent pas d’ingéniosité pour piéger Jésus. Jésus, d’ailleurs, le leur reproche : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » (Mt 22,18). Cependant, Jésus donne une réponse à leur question qu’ils n’avaient pas imaginée. De fait, si Jésus répondait qu’il faut payer l’impôt à César, le peuple et les foules ne pourraient comprendre qu’il donne raison à l’occupant romain. Dans le cas inverse, il serait facile de le faire condamner pour incitation à la révolte contre César. Autrement dit, pour les pharisiens et hérodiens, « l’affaire est pliée, on le tient ». Or, la réponse est tellement surprenante qu’ils ne savent que dire. Eux-mêmes, sont pris à leur propre piège. Ils sont déconcertés. 

Néanmoins, cette parole de Jésus est un enseignement nouveau. Elle est même révolutionnaire dans la conception des choses temporelles et spirituelles, lesquelles sont toujours inséparables l’une de l’autre dans les différentes civilisations d’alors et non pas distinctes. C’est bien le Christ qui introduit cette distinction entre les réalités temporelles et spirituelles. Dieu est, bien sûr, à l’origine des deux, puisque il est le Créateur et le Sauveur : il est celui qui a créé ce monde et celui qui se révèle à l’homme ; il ne peut donc se contredire. En ce sens, elles ne s’opposent pas et ne s’ignorent pas, mais cependant chacune a ses lois propres, ses propres lois autonomes. Dieu a donc créé ce monde avec ses lois propres. En scrutant ces lois, l’homme peut envisager d’améliorer ses conditions de vie. Cela a permis d’une certaine manière le développement des sciences. De fait, dans de nombreuses civilisations primitives, les récoltes, la santé, et tout ce qui touchent les conditions de vie reposaient essentiellement sur le bon vouloir divin. Dieu ou les dieux (pour les peuples polythéistes) l’a ou l’ont voulu, l’homme n’y pouvait rien. Cela engendrait un certain fatalisme : c’est le divin qui décide de tout. Dès lors, la vie des gens comme toute la société était sous le bon vouloir divin, la liberté de l’homme était très réduite. Les souverains, d’ailleurs, n’hésitaient pas se faire honorer d’un culte. Faire brûler de l’encens devant l’effigie de l’empereur était donc normal, ce que les premiers chrétiens refuseront, n’adorant que le Dieu de Jésus-Christ et non pas l’empereur qui n’est qu’un homme. Ils passeront pour les premiers athées de l’histoire. A contrario, le souverain, qui n’est pas le divin pour les chrétiens, ne peut pas interférer dans les affaires spirituelles. Il ne peut forcer et contraindre les consciences, le sanctuaire de notre coeur, où se fait la rencontre de Dieu avec notre âme. Dans l’histoire, il y a souvent ces résurgences qui conduisent à attribuer à Dieu ce qui se passe, déresponsabilisant l’homme dans ses actes, et inversement, la tentation du pouvoir de s’arroger le divin afin d’usurper le vrai culte que l’homme doit rendre à Dieu, éradiquant dans le coeur de l’homme sa dimension pleinement spirituelle.

En conséquence, cet enseignement nous donne une claire vision des différentes réalités qui caractérisent la vie de l’homme, et donc aussi ses responsabilités, sa liberté, sa capacité à faire de sa vie un chemin de sainteté par une collaboration à la volonté et la grâce de Dieu. Ainsi, l’homme n’est pas sauvé sans sa volonté, Dieu le laisse libre devant ses choix. Il ne peut se dire : de toute façon, je serai sauvé quoique je fasse car Dieu décide de tout et qu’il est miséricordieux (faussement comprise, car la miséricorde implique de l’accueillir ; Dieu ne s’impose pas à l’homme), ou encore tout ce qui m’arrive, je n’y peux rien, c’est le destin, c’est Dieu qui l’a voulu comme si Dieu voulait arbitrairement un mal,  tous les malheurs qui m’arrivent. L’homme est doté d’une intelligence et d’une volonté, et en ce sens Dieu se révèle à son intelligence. Il lui demande de faire sa volonté en usant de sa liberté. Il lui demande aussi, par sa capacité à aimer (et c’est là qu’est tout l’enjeu de son salut), de participer à la sanctification du monde en apportant l’offrande de sa vie unie à celle du Christ en Croix. Dieu n’intervient pas généralement, sauf s’il y a un véritable enjeu pour le salut des âmes, dans le monde comme un parapluie que l’on déploie lorsqu’il pleut. Il intervient en permettant à ce que l’homme, vivant de foi, d’espérance et de charité, puisse, par l’offrande de lui-même, vaincre le mal par la grâce qu’il lui accorde, aussi bien dans son action en luttant contre le mal lorsqu’elle s’avère utile et nécessaire pour le bien de tous, que l’offrir dans un acte d’amour uni à la Croix du Christ pour en triompher par la grâce. Qu’a-t-il fait Jésus face à la Croix ? A-t-il repoussé cette éventualité que lui proposait Pierre : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » (Mt 16,22) ? La réponse de Jésus en fut d’autant plus cinglante : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16,22-25). On ne peut être plus clair. L’autonomie des réalités temporelles ne désigne pas que Dieu se moque du monde ou que ces réalités sont indifférentes au salut, elles désignent que l’homme doit les assumer par son action et son amour dans la grâce de Dieu.

La Vierge Marie et les saints n’ont-ils pas, chacun selon leur charisme, contribuer à servir leur frère par leur action dans les réalités temporelles, tout comme ils ont offert leur vie pour porter le monde dans la miséricorde de Dieu ?

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P. Thierry Delumeau

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