Fête du Corps et Sang du Seigneur Jésus

Commentaire de l’Evangile du Jour (6 Juin 2021 – Solennité de la Fête-Dieu) de l’Abbé Thierry Delumeau :

« Prenez, ceci est mon corps… Ceci est mon sang » (Mc 14,22.24). Nous fêtons un grand mystère de la foi : le changement du pain en Corps du Seigneur et le changement du vin en Sang du Christ. Ce changement concerne la substance, c’est-à-dire « ce qui est » : le pain en Corps du Seigneur et le vin en Sang du Seigneur. Cela ne concerne pas ce que nos sens (vue, odorat, goût, toucher) peuvent appréhender du pain et du vin, qui paraissent inchangés. Même une analyse scientifique poussée ne verrait aucun changement : l’analyse ne pourrait que conclure que c’est bien la matière du pain et du vin après la consécration. Alors comment comprendre cette différence qu’il peut y avoir entre substance (ce qui change dans l’Eucharistie) et ce que nos sens appréhendent que l’on appelle « accidents » dans le langage philosophique et théologique (et qui dans l’Eucharistie sont ceux qui ne changent pas) ? La distinction est absolument fondamentale, car faute de cela, il est impossible de comprendre, un tantinet soit peu, le mystère de l’Eucharistie, le mystère que l’on appelle : transsubstantiation ? Nous allons prendre un exemple pour en saisir la portée, mais un exemple à l’envers. Lorsque nous étions dans le sein de notre maman, c’était bien nous ; appelons-le Paul. Bien qu’il soit tout petit embryon, lorsque l’on fait une échographie, on voit Paul tellement petit, qu’on pourrait le tenir dans une main. Puis, lorsqu’il grandit, à 10 ans, Paul est déjà bien différent ; de même, lorsqu’il a 20 ans et encore bien différent à 60 ou 80 ans, au point que l’on peut se demander : mais est-ce bien la même personne avec de telle différence ? Entre un embryon et un enfant ou encore un homme fort âgé, comment le reconnaître ? Tout paraît différent, même si, peut-être, entre l’enfant et l’homme âgé, certains traits du visage peuvent être reconnus. Eh bien, dans le mystère de l’Eucharistie, vous avez le même phénomène : sauf que dans ce cas, contrairement à Paul et pour chacun d’entre nous, ce qui a changé, ce n’est pas ce qui est visible (pour Paul, son corps), mais bien ce qui est invisible (pour Paul, c’est son être, lui qui ne change pas : c’est qui ? : c’est Paul). Dans l’Eucharistie, ce qui se voit demeure, au point que l’on pourrait penser que c’est la même chose, le même être après la consécration. Or, il n’en est plus. L’être a véritablement changé et cela, bien sûr, ne peut se faire que par l’intervention de l’Esprit Saint. C’est un grand mystère, qui échappe à nos sens et nous ne pouvons que le reconnaître comme tel.

On peut se poser maintenant la question : pourquoi ce mystère ? Pourquoi Jésus a-t-il voulu cela ? Nous avons la réponse dans l’Evangile de saint Jean. Jésus dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » (Jn 6, 56). C’est donc pour que nous puissions demeurer en lui et qu’il puisse demeurer en nous. Pourquoi allons-nous à la messe le dimanche ? Pour que le Seigneur puisse demeurer en nous et que nous puissions demeurer en lui. Autrement dit, nous allons à la messe le dimanche pour nourrir notre foi, pour laisser le Seigneur habiter notre coeur par sa présence. C’est donc un acte d’adoration, de prière, d’offrande, d’union de coeur à coeur avec Dieu. Le but est ainsi de développer en nous la vie spirituelle, la vie de Dieu dans notre coeur qui nous invite à vivre les commandements : Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. (Cf. Mt 22,37-39).

La multitude des saints avaient une grande dévotion dans le mystère de l’Eucharistie, notamment beaucoup passaient de précieuses heures d’adoration devant le Saint Sacrement. Ils venaient faire le « plein de Dieu » ; ils venaient se ressourcer à la source d’eau vive, qui ne cesse de couler à flot de la Croix, rendue mystérieusement présente et actuelle sur l’autel du sacrifice de la Messe. La Vierge Marie vivait ce mystère à un point d’incandescence incomparable, brûlant du feu de l’amour de son Fils au pied de la Croix dans une souffrance indicible. C’est là que sa foi, bien que rudement mise à l’épreuve, trouva la profondeur de son assise. Que le Seigneur, dans l’Eucharistie, nous comble de ses dons et de ses grâces ! Que la source vive de son amour alimente notre culte d’adoration envers celui qui s’est fait tout à tous afin que nous puissions vivre de sa vie.

Fête-Dieu 2021