Epiphanie du Seigneur

Epiphanie du Seigneur 

« Tombant à ses pieds, les mages se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. » (Mt 2,11) dit saint Matthieu. Les mages viennent de l’Orient, à la recherche du Roi des juifs. Ils suivent son étoile et veulent se prosterner devant lui. La prosternation n’est pas autre chose qu’un acte d’adoration. Plier le genou devant l’enfant de la crèche, c’est donc l’adorer. La génuflexion que nous pratiquons devant le Saint Sacrement est bien un geste d’adoration dont nous honorons le Seigneur. Dans ce geste, qui est celui des mages, nous reconnaissons d’abord qu’il s’agit bien de Dieu lui-même, dans la personne du Fils qui s’est incarnée, et d’autre part nous l’adorons de tout notre coeur puisqu’il est Dieu. Ce geste de la part des païens, puisque les mages ne sont pas juifs, nous enseigne que le salut ne concerne pas les seuls juifs, mais bien tous les peuples. En ce jour, par cette prosternation des mages, Dieu est manifesté à la terre entière. C’est ce que l’on appelle une « épiphanie » qui veut dire : manifestation de Dieu. Ce simple geste d’adoration, de prosternation des mages, conduit la terre entière à reconnaître en Jésus son Sauveur et à venir l’adorer. Le mot « adorer » vient des mots « ad » et « orare », ce qui veut dire : prier devant. On comprend ainsi, dans ces conditions, qu’il est difficile d’adorer du chocolat ou autre chose de la terre, puisqu’on peut aimer le chocolat, mais on ne prie pas devant lui. Le terme « adorer » est réservé exclusivement à Dieu, car Dieu seul mérite d’être adoré, puisque lui seul peut, en dernier lieu, exaucer notre prière. Même lorsque nous prions un saint, celui-ci ne peut exaucer notre prière que par volonté divine. Le grand prophète Elie sera le grand prophète qui ne cessera d’affirmer le culte d’adoration au Dieu unique et pourchassera le culte aux idoles. 

Aussi, les mages ne viennent pas les mains vides. Ils emportent leurs présents, lesquels signifient à eux seuls qui est l’enfant de la crèche et quelle est sa mission. Ils emportent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Tout d’abord de l’or. L’or signifie la royauté, étant donné que les rois possèdent de l’or. Quoi de plus normal pour des mages qui viennent voir le Roi des juifs que d’apporter de l’or !

Ensuite de l’encens. L’encens est réservé au culte et il est utilisé notamment en Orient, dans de nombreuses religions, pour honorer la divinité d’un culte d’adoration. Ainsi, l’encens signifie que cet enfant est Dieu.

Ces deux premiers présents signifient l’identité de l’enfant de la crèche : il est Roi et Dieu.

Enfin la myrrhe. La myrrhe était utilisée par les juifs pour la sépulture des morts. A l’aube du jour de Pâques, Marie Madeleine part en hâte au tombeau avec de la myrrhe pour achever l’embaumement de Jésus, que la coutume juive exigeait. Elle n’avait pu le faire plus tôt, en raison de la nuit tombante le Vendredi Saint qui annonçait le début du sabbat et de plus, cette année-là, de la fête de la Pâque juive. C’est donc de bon matin, le dimanche, que ce travail pourrait s’accomplir. Nous savons que cela ne se fera pas, puisque Jésus n’est plus au tombeau. Lorsque Marie Madeleine arrive, il est ressuscité. Ainsi, la myrrhe annonce tout simplement que cet enfant connaîtra le tombeau, autrement dit, la mort et que cette mort sera le résultat du don de sa vie sur la Croix pour sauver les hommes de la mort. La myrrhe annonce donc que cet enfant est le Sauveur. C’est sa mission.

Marie contemple cela, médite dans son coeur. Elle entre avec la profondeur de son coeur dans le plan de Dieu. Elle nous invite à avoir ce regard contemplatif, cette simplicité d’accueillir un mystère qui nous dépasse et l’accueillir dans la joie du coeur.

Abbé Thierry Delumeau