Restauration de l’église Saint-Laurent de Parthenay

Voilà maintenant un peu plus de 3 ans que les travaux de restauration de l’église Saint-Laurent, à Parthenay, ont débuté. Et pour être plus précis, en juin 2016.

Des avants déterminants

En mai 2008, une véritable auscultation de la flèche occidentale de l’église a été réalisée, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, par l’entreprise « Ascension » d’Aytré. Ainsi ont été repérés et consignés les joints abimés à l’origine de prise d’eau dans le clocher, l’état des mortiers, les pierres mobiles et l’oxydation des pièces métalliques.
Le 4 février 2014, à 22h30, alors que le vent soufflait en bourrasques, une pierre sommitale de la flèche se détachait pour venir s’écraser sur la chaussée, 64 mètres plus bas. Conséquence d’une infiltration d’eau coulant du paratonnerre qui avait conduit à la dégradation des joints entre les pierres.
Le 26 octobre 2015, afin de poser un diagnostic sur « l’état de santé » de la maçonnerie, une nouvelle auscultation de la flèche a été demandée par la « SOPOREN » (Société Poitevine de Rénovation), de Fontaine-le-Comte, et réalisée à l’aide d’un drone par la société « Drone Expérience » de Châtellerault.

 

Restauration de la flèche occidentale néo-gothique

Deux mois – de la mi-juin à la mi-août – ont été nécessaires à l’entreprise nantaise spécialisée, « LV Tech », pour habiller la flèche d’un échafaudage – 80 tonnes au total – et d’un filet de protection pour éviter la projection de débris et offrir davantage de sécurité à l’équipe de maçons de la SOPOREN.

 

Pouvait alors commencer la restauration à proprement parler : rejointoiement au mortier de chaux, remplacement des pierres fragilisées par des pierres taillées à l’identique dans du granite du Tarn, granite proche de celui de Largeasse avec lequel l’édifice serait construit. Les parements du clocher ont ensuite reçu un traitement algicide suivi d’un brossage et de l’application d’un hydrofuge.

 

 

 

 

 

Durant cette période, le coq, d’un poids d’environ 10 kg, de 1,20 m de large et 0,80 m de haut, a été restauré dans les ateliers de la « Socra », à Périgeux. 4 mois de travail ! Il a été béni par le Père Gérard Mouchard, Curé de la paroisse Saint-Jacques-en-Gâtine, le 16 mars 2017, avant de reprendre sa place au sommet de la flèche.
18 mois plus tard, en décembre 2017, filet et échafaudage étaient retirés, dévoilant le nouveau visage de la façade.

Restauration du chœur et des deux chapelles

Les travaux de peinture, réalisés par la société « Tollis », ont débuté en décembre 2017. Des Tests de nettoyage des murs ont tout d’abord été réalisés afin de déterminer les produits à utiliser. Très rapidement sont apparues la signature du peintre LEROUX, et une date : 1858. Des initiales : ED, apparaissent également à la voûte du chœur, surmontées d’une date : 1871.

 

 

Le nettoyage des décors a été réalisé par application de compresses imprégnées de solvant, permettant de retrouver couleurs originelles.

A la suite d’infiltration d’eau provenant de la couverture de l’église, les peintures étaient parfois très dégradées, et l’enduit soufflé. Il a fallu dégraisser les parties instables, reconstituer à l’identique l’architecture murale à la chaux grasse puis peindre les décors.

 

Travail minutieux, nécessitant beaucoup de patience, que la pose de feuilles d’or de 1/10ème de microns (10.000 feuilles superposées pour obtenir l’épaisseur de 1mm). La surface à dorer est d’abord recouverte d’un vernis. La feuille d’or est alors apposée à l’aide d’un large « pinceau souple ». Pour terminer, l’aspect fripé et les parties non encollées supprimées à l’aide d’un « pinceau dur ».

A l’origine, dans la chapelle sainte Radegonde, les dorures avaient été réalisées à la feuille de cuivre. Sous l’effet de l’humidité, le cuivre s’était oxydé, prenant une coloration verte.


Le chœur est décoré de deux grandes toiles marouflées de Grelet datées de 1874.
Celle du mur sud, qui représente la conversion du Duc d’Aquitaine Guillaume X par
saint Bernard de Clairvaux, fortement détériorée, a du être en grande partie ré-
encollée et la peinture restaurée.

Au total, ces travaux ont nécessité 3500 feuilles d’or, 60 nuances de couleurs et 5500 heures de travail.

        Aménagement du chœur et des chapelles

– L’orgue a été déposé, donnant de la profondeur au chœur, et le mur restauré. Ainsi, la verrière, dédiée au martyre de saint Laurent, est-elle mise beaucoup mieux en valeur.
– les stalles, qui étaient contre les murs nord et sud, sont déplacées sous la verrière.
– l’autel, quant à lui, est reculé d’environ 1,5 m pour mettre en valeur la mosaïque du sol.
– le retable de la chapelle sainte Radegonde reprendra sa place après restauration.

Restauration du transept, de la nef et des collatéraux

Au fil du temps, de nombreuses fissures sont apparues dans les murs, notamment du côté sud.
Suite à l’incendie de la crèche, le 17 décembre 2014, une partie des murs ont été recouverts de suie, notamment dans la partie ouest du collatéral nord.

 

Les travaux de maçonnerie ont débuté durant la 1ère quinzaine de juin.
Tous les enduits ont été piquetés et refaits à neuf, par pose d’un enduit
dégrossi puis d’un enduit à la chaux grasse. Après un séchage de 3
semaines, 4 couches successives de badigeon blanc ont été appliquées
à l’aide d’un pinceau à poils de soie. Une couche de patine ocre-jaune
a été apposée à l’aide d’une éponge végétale. Afin que le rendu soit
homogène, badigeon et patine ont été appliqués par la même personne.

 

Les piliers ont été recouverts d’une peinture « faux granite » et de faux joints. Des « restes » d’anciennes croix de consécration ont été découverts sur le mur intérieur nord. Ils seront consolidés. Peut-être un jour seront-ils retouchés ? Pour cela, l’accord de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques et des autres corps de métiers sera préalablement nécessaire.
Les chapiteaux, en calcaire, ont été nettoyés. Ils sont ainsi mis en valeur, leur couleur tranchant avec la couleur « faux granite » des piliers.
A la faveur de ces travaux, éclairage et chauffage ont été refait à neuf avec la pose de lustres chauffants à 4 branches et de spots, par l’entreprise Fradin-Botton de Bressuire.
Les vitraux de la tribune, des fonts-baptismaux et du petit autel ont été déposés pour être nettoyés et restaurés en atelier par les « Ateliers Helmbold », à Corps-Nuds (Ille-et-Villaine).

Restauration de l’orgue

L’orgue de Saint-Laurent, conçu par Louis Debierre en 1882, a été classé au titre des monuments historiques en 2013. Sa restauration est l’œuvre de l’entreprise « Bethines-les-Orgues », dans la Vienne. Mais quelle n’a pas été la surprise, en examinant minutieusement les tuyaux en étain. L’un d’eux porte l’inscription « M. Henry facteur d’orgues, Bordeaux, 31 octobre 1847 ». Louis Debierre avait réutilisé les tuyaux d’un orgue plus ancien.

Un travail important a été réalisé sur les 2 sommiers (dispositifs qui distribuent l’air sous pression aux tuyaux) qui présentaient beaucoup d’imperfections non visibles avant intervention. Toutes les soupapes ont été déposées, restaurées et remise en peau. Pour assurer l’étanchéité, le collage se fait à chaud à l’aide d’une colle à base d’os et de peau de lapin.
Le gros soufflet a été refait à l’identique à partir des plans de l’ancien orgue de l’église de Montigné pour laquelle l’orgue était destiné avant d’être installé à Parthenay. Il est réalisé en bois de chêne, bois qui a séché préalablement de 10 à 15 ans.
Certaines touches du clavier ont été recouvertes d’une lamelle d’os (fémur) de bœuf, et non d’ivoire, en remplacement d’anciennes lamelles de plastic.
L’orgue, haut de 4m, profond de 5m, va être remonté dans la première travée du collatéral sud. Sujet à discussion, le buffet doit être reconstitué selon les plans d’archives de Louis Debierre.

Autres aménagements de l’église

Afin d’assainir les combles, les fientes de
pigeons qui s’étaient accumulées durant
des décennies, ont été retirées par aspiration.

Enfin, un démoussage du fronton ouest du
collatéral nord et du mur nord a été réalisé
par les services techniques de la ville.
Un liquide a d’abord été pulvérisé sur les murs
afin de tuer le lichen. Après quelques jours
d’attente, les parements ont été nettoyés à l’aide
d’un laveur haute pression (200 bars).

Pour empêcher l’infiltration des eaux pluviales et protéger les peintures, la société Coutant, de Mauléon, a repris la couverture du chœur, des 2 chapelles, de la sacristie et de l’ancien clocher.

La statue de la Vierge située dans une niche de la façade ouest du collatéral nord, sculptée en 1861 par le Châtelleraudais M. Bonneau en a fait quelque peu les frais. « La finesse du travail, le naturel et la grâce des lignes » – écrivait J.Cl. Joubert, curé de Saint-Laurent, dans « Le Grill » de juillet-août 1933 – ont été singulièrement émoussés.

La réintégration de l’église Saint-Laurent est prévue pour le mois de novembre. La date du dimanche 24 est retenue pour la bénédiction de l’orgue et de l’autel. La cérémonie sera présidée par notre Archevêque, Mgr Pascal Wintzer.

Maçons et peintres restaurateurs sont de véritables artistes qui ont parfois travaillé dans des conditions difficiles : froid et humidité en hiver, canicule l’été dernier. Ils peuvent être fiers de leur travail d’orfèvre.

Un grand merci à celles et ceux qui m’ont toujours reçu avec beaucoup de gentillesse, qui m’ont expliqué, à moi le béotien, les techniques utilisées et fait part de leurs découvertes avec beaucoup d’enthousiasme.

Texte et photos : Michel Bonnessée