Soirée réflexion autour de la « Lettre au peuple de Dieu »

Les révélations de terribles abus sexuels dans l’Église ont provoqué un véritable tsunami chez les catholiques. Ces scandales touchant tant de pays ont conduit le Pape François à rédiger, le 20 août 2018, une lettre aux catholiques du monde entier.
C’est pour lire et échanger sur le contenu de cette lettre qu’avec une cinquantaine de personnes nous nous sommes retrouvés le 3 avril dernier à la maison paroissiale saint Laurent.
Cette soirée d’échange a été organisée par l’équipe « Accompagnement et Formation » de la paroisse, à l’initiative du Père Gérard Mouchard. L’animation en a été confiée aux laïcs de l’équipe.

Après un temps de prière centré sur la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (12, 12-30), puis la lecture à plusieurs voix de la lettre du Pape, les participants se sont installés en tablées pour échanger en toute liberté sur plusieurs points :
– Leurs réactions aux extraits de la lettre
– Leur avis sur les dix propositions du journal La Croix et plus spécialement les 3 premières :
Mettre les prêtres à leur juste place.
Mettre les laïcs à leur juste place.
Rappeler l’égalité de tous devant le baptême.

Principales remontées des tables rondes

Au sujet de la lettre :
– Sur les abus perpétrés (d’après les médias) : nous sommes dans une société hyper sexualisée. La question du célibat et de l’accompagnement des prêtres est indispensable.
– Sur le silence des responsables religieux et des parents.
– Chacun est éclaboussé par les faits.
– Nous sommes complices par passivité.
– On ne peut pas rester passifs devant ce qu’on découvre… C’est le ciel qui nous tombe sur la tête.
– A travers la souffrance des victimes, nous souffrons nous aussi.
– Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, on ne parlait pas de sexualité dans les familles, ni en dehors des familles et la parole des enfants n’était pas écoutée comme aujourd’hui. L’adulte avait raison par principe, l’enfant subissait des pressions pour se taire. Il fallait aussi protéger l’institution Église. Aujourd’hui, les choses sont différentes et l’Église doit être irréprochable.
– Il y a une part de responsabilité des familles de ne pas s’entretenir avec le prêtre quand quelque chose ne va pas.
– Nous avons honte de ne pas avoir réagi.
– Par solidarité, nous devons dénoncer de manière collective. « Suis-je le gardien de mon frère ? »
– Tolérance zéro. Aujourd’hui, on sait.
– (Ces drames), une perversion possible de l’obéissance.

Proposition 1 : Mettre les prêtres à leur juste place.
– Cléricalisme : mot tabou
– Devoir de dénoncer, y compris à la justice.
– Nous écoutions (écoutons) religieusement les prêtres parce qu’ils savent, parce qu’ils ont été formés et nous pas ou moins.
– Il faut une meilleure connaissance réciproque, ce qui implique une redéfinition des missions de chacun.
– La honte d’être catholique nous habite aujourd’hui, et depuis longtemps pour certains.
– Pas de remise en question de l’organisation de l’Église, elle reste pyramidale.
– Il y a un déséquilibre, un manque affectif pour de nombreux prêtres. Comment (l’institution) Église peut-elle les accompagner ?
– La hiérarchie, prêtres, laïcs peut être positive mais le prêtre n’est pas le Bon Dieu !
– L’Esprit dirige-t-il l’Église ?
– Le prêtre serait-il seulement un pasteur qui célèbre et distribue les sacrements ?
– Prêtre, guide spirituel ?

Proposition 2 : Mettre les laïcs à leur juste place.
– Chacun est responsable.
– Les laïcs doivent prendre leur place, être plus actifs.
– Les jeunes ne sont pas toujours acceptés car ils bousculent et rompent avec ce qui est établi.
– Les laïcs peuvent être aveuglés par les connaissances et l’attitude des prêtres.
– Les laïcs doivent épauler les prêtres mais pas se substituer à eux.
– Problème de certains laïcs qui monopolisent « la mission » ad vitam aeternam
– Savoir céder la place
– Problème du renouvellement des équipes
– Comment les prêtres voient-ils les missions des laïcs ? Qu’attend le prêtre des laïcs ?
– Le temps de crise que nous vivons est peut-être une chance de se renouveler.

Proposition 3 : Rappeler l’égalité de tous devant le baptême
– « Le baptême instaure un principe fondamental d’égalité entre tous les baptisés, et cela l’emporte sur tout le reste »… Qu’est-ce que tout le reste ?
– Un baptisé doit témoigner de sa foi.
– Pas évident ! Pour beaucoup, le prêtre est encore sur un piédestal et certains prêtres sont très directifs.
– Manque de dialogue ; certains laïcs n’osent pas contrarier les prêtres (« Faut pas mettre le prêtre en colère ! »)
– Nous sommes égaux avec des fonctions différentes.
– Pouvoir débattre dans l’Église est apprécié.
– Suggestion : un peu plus de lien entre l’Évangile et notre vie dans les homélies

Proposition 5 : utiliser sa liberté de parole
– La parole libérée va permettre d’aller de l’avant.
– Les prêtres ont besoin d’échanger davantage avec les laïcs.

Propositions 9 et 10 : « Associer plus de femmes à la formation des prêtres » et « Placer des femmes à des fonctions d’autorité. »
– Une nécessité
– Les femmes ont un rôle à jouer.

Quelques phrases fortes :
– Il faut revenir à la source évangélique.
– Service chrétien ne veut pas dire dépendance.
– Unité ne veut pas dire uniformité

Et un souhait : donner une suite à la soirée.

La rencontre s’est terminée par la lecture, tous ensemble, de « Catholique » de Véronique Margron op, une prière en forme de profession de foi, suivie du Notre Père.

Texte : Catherine Pinon. Relecture : Anne-Marie Parthenay et Père Gérard Mouchard. Photos : Michel Bonnessée