Le sacrement de mariage : consentement des époux, bénédiction de Dieu ?

P. Yves-Marie Blanchard

1. Le mariage est d’abord une institution sociale, ayant en soi pleine valeur humaine dans un contexte culturel donné (mariage coutumier). Toutefois, pour les baptisés, cette vision séculière ne suffit pas : le mariage demande d’être reconnu et célébré comme un signe particulier du don de Dieu aux hommes et de l’engagement de ce dernier en faveur de son peuple, selon une logique d’alliance.

2. La valeur proprement religieuse du mariage humain se profile tout au long de l’Ancien Testament, dans la mesure où l’amour conjugal et les relations parentales (père, mère) sont souvent traités comme des images privilégiées de l’Alliance entre Dieu et son peuple, lui-même signe de l’amour infini de Dieu pour toute l’humanité. De fait, la différence sexuelle et la réalité conjugale sont présentées comme constitutives de l’être humain dans sa ressemblance à l’être même de Dieu (Genèse 1, 27 ; 2, 22-24). Jésus lui-même fait référence à cette théologie « juive » du mariage, en insistant sur l’indissolubilité du lien matrimonial et le primat de l’amour conjugal sur la réalité socio-économique (Matthieu 19, 3-6 ; Marc 10, 6-9). Dès lors, tout en reconnaissant le caractère culturel de l’institution du mariage, le christianisme défendra résolument la monogamie et le caractère définitif du lien matrimonial.

3. L’ambiguïté de la relation chrétienne à l’institution sociale du mariage se retrouve dans les écrits pauliniens (surtout Éphésiens 5, 21-33) : tandis que le langage reste culturellement marqué (dépendance de la femme), l’Apôtre ose plaider pour la réciprocité des sentiments et devoirs entre époux. Une telle nouveauté n’est possible que dans la mesure où le christianisme essaie de penser la réalité humaine du mariage à partir du « mystère » de l’union du Christ et de l’Église. Par un renversement saisissant, la réalité humaine n’est plus seulement l’image de la réalité divine : à l’inverse, c’est la nouveauté absolue du message chrétien (union du Christ et de l’Église) qui invite à penser autrement le mariage des baptisés.

4. Ainsi, même si la reconnaissance du mariage est tardive (et n’est pas du même ordre que les sacrements essentiels, dits de l’initiation), son caractère sacramentel n’est pas douteux en théologie catholique. Pourvu qu’il soit fondé sur les valeurs de liberté, indissolubilité et fécondité (cf. le dialogue initial), le mariage est réellement un « signe efficace » du don de Dieu, donnant au couple humain de « faire alliance » au nom même du lien d’amour (ou Alliance) unissant de façon indéfectible Dieu et l’homme, tout à la fois par la médiation du Christ, vrai Dieu et vrai homme, et à travers le don de l’Esprit sanctifiant les fidèles en les conformant à la sainteté même du Christ.

5. Le rituel chrétien du mariage, en perspective catholique, devra donc manifester de façon équilibrée (ce qui ne veut pas dire : sans tension) : d’une part, la pleine responsabilité des époux, acteurs d’un engagement mutuel qui a en soi valeur de sacrement (échange des consentements) ; d’autre part, la pleine disponibilité à accueillir le don de Dieu, au travers d’un geste de bénédiction attestant la descente de l’Esprit Saint (revalorisation de la bénédiction nuptiale, accompagnée du geste d’imposition des mains ; cf. le couronnement, dans les liturgies orientales). De même, la partie biblique de la célébration aura pour but, non seulement de recueillir le témoignage des époux (choix des lectures) mais aussi d’attester la dimension ecclésiale d’un événement communautaire ayant pour effet de rappeler – et réactualiser – le don de Dieu à l’humanité, par la médiation de l’Église, elle-même signe et sacrement du salut, selon la théologie de Vatican II.

(mai 2006)

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