Des diacres : pour quoi faire ?

P. Yves-Marie Blanchard

1. A l’origine, le mot « diacre » est un terme social, désignant le « serveur » dans un repas (ex. : noces de Cana). Son sens peut être élargi et considéré comme l’équivalent de « serviteur » mais, vu le contexte de l’Antiquité, on trouve plus souvent le mot « esclave » (habituellement traduit par « serviteur »). Dès l’époque de Paul, le mot « diacre » apparaît pour qualifier les apôtres dans l’annonce de l’évangile : ils sont en fait en situation de « serveurs » à l’égard de la Parole, notamment dans le cadre du repas en mémorial, centré sur la présence du Ressuscité (modèle d’Emmaüs).

2. Utilisé au pluriel dans les lettres authentiques de Paul (années 50), le mot « diacre » constitue la plus ancienne dénomination du ministère chrétien. En Philippiens 1,1 il est associé au titre  « épiscope » (litt. : surveillant, inspecteur) pour désigner les deux faces inséparables du ministère chrétien : service et autorité. Il paraît apporter une précision de contenu par rapport à la dénomination vague et traditionnelle de « presbytres » (ou « anciens »), toujours considérés sous la forme collégiale. Une exception étonnante : en Romains 16,1-3 une femme, Phoebé, est désignée comme « diacre » en lien avec son activité dans une communauté locale.

3. Dans la suite de Paul (Éphésiens et Colossiens : années 80), le mot « diacre » s’applique de plus en plus à l’Apôtre en personne ou tel de ses disciples. À l’époque des Lettres pastorales (1 Timothée : fin 1er siècle), il s’agit d’une catégorie distincte des épiscopes, presbytres, veuves et docteurs… Leur activité spécifique n’est pas mentionnée, mais on insiste sur la qualité de leur vie sociale et ecclésiale.

4. Les lettres d’Ignace d’Antioche (vers 110) attestent le modèle à trois degrés, qui s’imposera progressivement : dans chaque cité, conjonction de l’épiscopat monarchique, du presbytérat collégial et du diaconat conféré à des individus. Dès lors, le rôle propre des diacres, personnellement attachés à l’évêque, s’oriente dans deux directions : proclamation de la parole et service des pauvres. La référence aux Sept de Jérusalem s’impose comme un modèle (typologique, non historique) : de fait, désignés pour le service des tables (« diaconie ») auprès de la communauté de langue grecque, ils avaient joué un rôle important au service de la Parole (témoignage d’Étienne, missions de Philippe).

5. Disparu de l’Église latine au cours des siècles, le diaconat a été rétabli par Vatican II. Référé symboliquement aux Sept du livre des Actes, il vise le double service de la Parole (liturgie, catéchèse, sacrements) et du partage (solidarité avec les pauvres, présence au monde), avec des accents différents selon les personnes, les situations, les pays. Comme tout ministère ordonné, le diaconat engage définitivement et totalement (accord et soutien de l’épouse). Il a valeur sacramentelle, incarnant pour l’Église et le monde la figure du Christ serviteur et appelant chaque baptisé à vivre sa propre vocation sous le signe du service.

(novembre 2002)

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