A quoi servent les prêtres?

P. Yves-Marie Blanchard

1. Dès l’origine (Ignace d’Antioche : 110), les prêtres ou presbytres (litt. : les anciens) se caractérisent par leur lien constitutif à l’évêque et l’exercice collégial de leur mission (presbyterium). Ils constituent une sorte de conseil de l’évêque et participent de sa responsabilité au service de la communauté locale urbaine (cadre de la cité antique). La concélébration eucharistique autour de l’évêque constitue le lieu symbolique et sacramentel manifestant la nature et la fonction du presbyterium.

2. La dissémination du christianisme en milieu rural entraîne une évolution du ministère presbytéral : la dimension collégiale est moins visible et le prêtre isolé (curé, vicaire, desservant, chapelain, aumônier, etc.) est moins le collaborateur que le représentant de l’évêque. Il lui revient dès lors la charge de présider l’eucharistie en lieu et place de l’évêque, exerçant au sein de la paroisse les fonctions « épiscopales » d’enseignement, gouvernement et sanctification.

3. Du fait de son rôle dans l’eucharistie ainsi que de sa proximité au peuple chrétien, le prêtre (au singulier) devient progressivement le personnage central de la vie ecclésiale, tout particulièrement dans le catholicisme latin. L’ « efficacité » de l’eucharistie est pensée à partir du seul prêtre, en termes de « pouvoirs » conférés par l’ordination ou selon des catégories religieuses privilégiant les notions de sacrifice et sacerdoce : le mot « prêtre » s’éloigne de son origine (« presbytre ») et revient au sens religieux commun (« sacrificateur »). La Contre-Réforme catholique sera l’aboutissement de cette évolution vers le « sacerdo-centrisme ».

4. La réflexion théologique moderne, soutenue par le Concile Vatican II, propose à l’inverse :
– la remise en valeur de l’épiscopat, à la fois local et collégial, comme le pôle central autour duquel s’organisent les divers ministères ;
– la distinction entre le sacerdoce du Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes, et les ministères ordonnés à la manifestation et à l’effectuation de la fonction sacerdotale du Christ ;
– la redécouverte du sacerdoce baptismal, c’est-à-dire la participation de tous les baptisés à la fonction sacerdotale du Christ, à travers la l’offrande, la louange, l’action de grâces, le témoignage, la sanctification de l’humanité.

5. Dès lors, « le sacerdoce ministériel ordonné presbytéral » (selon les termes du Concile) tout à la fois relève du sacerdoce commun aux baptisés et participe plus spécialement de l’unique sacerdoce du Christ, dont il a mission de manifester et d’effectuer l’œuvre de salut au bénéfice des hommes. La fonction de présidence dans l’eucharistie atteste l’initiative du Ressuscité qui seul a le pouvoir de réaliser sa présence, non seulement dans la Parole proclamée, le pain et le vin partagés, mais encore dans le « corps » même de la communauté constituée en son nom et habitée de son Esprit. Le vis-à-vis du prêtre et de l’assemblée désigne la relation entre le Christ Tête et le corps ecclésial.

6. Une telle fonction, tout à la fois « ontologique » (ordination de la personne) et pratique (exercice d’un « ministère ») qualifie les prêtres comme des acteurs nécessaires (« re-présenter le Christ »), solidaires (presbyterium) et complémentaires d’autres engagements, responsabilités et ministères, au sein de l’unique corps ecclésial.

(novembre 2002)

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