Sixième dimanche de Pâques

Dans toute la paroisse et plus encore...

Christian Genre, diacre ofs.

Saints du jour : Pascal Baylon, Julie Salzano, Ivan Ziatik, Tropez

Jour de Résurrection !
Peuples, rayonnons de joie !
C’est la Pâque, la Pâque du Seigneur !
Le Christ Dieu nous conduit
de la mort à la vie,
de la terre aux cieux,
et nous chantons sa victoire :

R/ Christ est ressuscité d’entre les morts !
Par la mort, il a détruit la mort !
À ceux qui sont au tombeau,
Il accorde la vie !

Que le ciel se réjouisse,
que la terre soit en fête,
que soit dans l’allégresse
le monde visible et invisible,
car le Christ est ressuscité,
lui, la joie éternelle :

La destruction de la mort, célébrons-la,
et la ruine de l’enfer.
Louons l’auteur
d’une vie neuve et immortelle,
le Dieu unique de nos pères,
le Béni, le Glorieux :

Ô Pâque grande et toute sainte, ô Christ,
Ô Sagesse, ô Verbe de Dieu, ô Force,
fais que nous te soyons unis
en parfaite vérité,
au jour sans fin de ton Royaume :

Une Pâque sacrée nous est apparue :
Pâque nouvelle et sainte, Pâque mystique,
Pâque très pure, Pâque du Christ, notre Sauveur,
Pâque immaculée, Pâque grandiose,
Pâque des croyants,
Pâque qui sanctifie les fidèles,
Pâque qui ouvre le Paradis :

Voici le jour de la Résurrection !
En cette solennité, rayonnons de joie.
Embrassons-nous les uns les autres.
À ceux même qui nous haïssent, disons : Frères !
Pardonnons tout à cause de la Résurrection
et chantons :

R/ Christ est ressuscité d’entre les morts !
Par la mort, il a détruit la mort !
À ceux qui sont au tombeau,
Il accorde la vie !

Liturgie byzantine — CNPL

En ce dimanche 17 mai, nous sommes invités à prier pour la paix dans les régions où sont présentes les confessions chrétiennes orientales, Syrie Irak en particulier. Aujourd’hui ces églises prient pour nous, prions pour elles, tant éprouvées par la guerre, l’exil. Ces églises sont nos « grandes-sœurs » dans la foi, certaines célèbrent dans la langue du Christ, l’araméen, ne l’oublions jamais !

Comme pendant tout le temps pascal, nous lisons les Actes des Apôtres. En ce 6ème dimanche, nous revenons en arrière. Nous sommes un peu après le martyre d’Etienne et la persécution qui a suivi à Jérusalem. Saul s’y illustre « brillemment ». Les acteurs principaux se cachent ou se dispersent « dans tout le pays » pour annoncer la Bonne Nouvelle.

« En ces jours-là, Philippe, l’un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ. Les foules, d’un même cœur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car elles entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs, qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. Et il y eut dans cette ville une grande joie ».

La Samarie a une place importante dans la diffusion de la Bonne Nouvelle. Et pourtant la Samarie n’avait pas une bonne image à cette époque. Jésus lui-même (Matthieu 10,5) dit aux disciples de ne pas aller en Samarie : « N’entrez pas dans les villes des Samaritains ». Pour Jésus il ne s’agit pas à l’évidence de partager les préjugés voire pire un peuple juif vis-à-vis des Samaritains mais d’affirmer que la mission doit être d’abord portée au peuple d’Israël. Les Judéens reprochaient aux Samaritains leur tendance au syncrétisme et d’avoir réduit la Loi au seul Pentateuque, avec des modifications de texte, et de rejeter le culte rendu au temple de Jérusalem pour leur propre lieu de culte, le temple du Mont Garizim, même si ce temple avait été détruit en 128 BC. Dans l’évangile selon Luc, la vision de la Samarie chez Jésus est bien différente. C’est lui qui suggère de passer par la Samarie pour aller à Jérusalem, et comme les villes refusent le passage, il rabroue les disciples qui voudraient que Dieu les punisse de ce refus. Il y a aussi, le samaritain guéri de sa cécité qui est le seul à revenir remercier Jésus, sans oublier la parabole du « bon samaritain ». Ces mentions fréquentes de la Samarie dans l’évangile selon Luc ont même conduit de nombreux spécialistes à y voir des ajouts liés justement au fait que la Samarie était devenue au temps de Luc une terre féconde du premier christianisme. N’oublions pas non plus, l’épisode si important de la Samaritaine dans l’évangile selon saint Jean. Avec la destruction du temple en 70 et la dispersion des habitants de Jérusalem qui a suivi, la place de la Samarie a certainement été plus importante qu’auparavant.

D’une certaine manière, les Samaritains vont faire transition entre la Bonne Nouvelle réservée aux seuls juifs et la large diffusion aux païens, une sorte de lieu d’expérience pour annoncer la Bonne Nouvelle. Le texte d’aujourd’hui va le montrer.

Encore une fois, la liturgie nous prive d’un moment savoureux, celui de la conversion de Simon le magicien. En voici le récit : « Or il y avait déjà dans la ville un homme du nom de Simon ; il pratiquait la magie et frappait de stupéfaction la population de Samarie, prétendant être un grand personnage. Et tous, du plus petit jusqu’au plus grand, s’attachaient à lui en disant : « Cet homme est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » Ils s’attachaient à lui du fait que depuis un certain temps il les stupéfiait par ses pratiques magiques. Mais quand ils crurent Philippe qui annonçait la Bonne Nouvelle concernant le règne de Dieu et le nom de Jésus Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même devint croyant et, après avoir reçu le baptême, il ne quittait plus Philippe ; voyant les signes et les actes de grande puissance qui se produisaient, il était stupéfait ».

Dans la Palestine de ce 1er siècle, les « messies », les magiciens, étaient nombreux, les textes du Nouveau Testament font souvent mention de ce type de personnages. Et on note que comme dans les récits de l’Ancien Testament où l’on voit les prophètes, les prêtres aussi solliciter le Dieu d’Israël pour qu’il s’affronte victorieusement aux autres dieux de l’époque, ce sont les signes, les actes qui autant que la parole provoquent la conversion. Prononcer le nom de Jésus, agir en son nom est efficace. Le baptême est efficace, il est performatif. Il faudra du temps, une longue réflexion, jamais terminée, pour dégager la foi dans le Dieu trinitaire, de sa gangue magique, pour dégager le Christianisme d’une tentation d’en faire un culte à mystères sur le modèle de ceux de l’époque. Il n’est certainement pas anodin que dans les premiers temps des lieux de culte chrétien se soient installés sur l’emplacement de lieux de culte à Mithra, à Isis. Notre vocabulaire, encore plus chez nos frères orientaux, en porte la trace : on célèbre les « Saints Mystères ». La liturgie baptismale dans la nuit de Pâques, le parcours catéchuménal lui-même, le terme même d’initiation chrétienne en sont aussi la marque. Les paroles de certains parents expliquant pourquoi ils demandent le baptême de leur petit enfant montrent bien que ce caractère magique est toujours bien là comme au temps de Simon de Samarie.

« Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils y envoyèrent Pierre et Jean. À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ; en effet, l’Esprit n’était encore descendu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint ».

Ces Samaritains ont été baptisés par Philippe, un baptême d’eau à la manière du Baptiste mais avec un fait nouveau, ils ont été baptisés au nom du Père ET du Fils, qui ne font qu’un, tout en étant bien distincts. Mais ils n’ont pas vécu leur Pentecôte, ils n’ont pas reçu l’Esprit Saint. On envoie donc pour qu’ils soient pleinement initiés deux apôtres et pas n’importe lesquels Pierre, le chef, et Jean pour leur imposer les mains afin que l’Esprit Saint descende sur eux. Ainsi ils seront baptisés « complètement » « au nom du Père, au nom du Fils, au nom du Saint Esprit ». C’est ainsi que depuis ce 1er siècle, le baptême est par essence Trinitaire, mais ce ne fut pas évident pour tous car Paul lui-même rencontra dans ses misions des chrétiens qui n’avaient reçu que le baptême à la manière de Jean le Baptiste et il fut obligé de les « rebaptiser » ou plutôt de compléter leur baptême à la manière de l’épisode d’aujourd’hui. Au risque d’un anachronisme, on pourrait voir dans la venue de Pierre et Jean l’anticipation de la venue d’un évêque pour la confirmation, sauf que par le baptême l’Esprit-Saint est déjà descendu sur le néophyte. Je ne puis résister à vous narrer ce qui suit cette « confirmation » des Samaritains car notre fameux Simon va faire des siennes : « Simon, voyant que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des Apôtres, leur offrit de l’argent en disant : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi, pour que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. » Pierre lui dit : « Périsse ton argent, et toi avec, puisque tu as estimé pouvoir acheter le don de Dieu à prix d’argent ! Tu n’as aucune part, aucun droit, en ce domaine, car devant Dieu ton cœur manque de droiture. Détourne-toi donc de ce mal que tu veux faire, et prie le Seigneur : il te pardonnera peut-être cette pensée que tu as dans le cœur. Car je le vois bien : tu es plein d’aigreur amère, tu es enchaîné dans l’injustice. » Simon répondit : « Priez vous-mêmes pour moi le Seigneur, afin que rien ne m’arrive de ce que vous avez dit.  Quant à Pierre et Jean, ayant rendu témoignage et proclamé la parole du Seigneur, ils retournèrent à Jérusalem en annonçant l’Évangile à un grand nombre de villages samaritains ».

Simon veut acheter le pouvoir sacramentel, avec de l’argent tout s’achète et donc tout se vend. En église, cela a donné la « Simonie ».

Elle consiste en l’achat, la vente de biens spirituels, de sacrements, de postes hiérarchiques, de charges ecclésiastiques ou de services intellectuels. Elle s’est développée principalement au Moyen Âge et au début de la Renaissance, en violation du concile de Chalcédoine. Ce trafic affecte principalement les clercs, assez rarement les prêtres, mais surtout les postes supérieurs de prélatures, les charges d’évêques ou, au sein des monastères, la charge de père abbé, qui pouvait-être parfois conjuguée avec une charge temporelle de seigneur local.

Ce personnage de Simon est très présent dans la littérature apocryphe, dont en particulier les Actes de Pierre. Lui aussi serait venu à Rome pour argumenter contre Pierre. On a voulu voir en lui un des pères du gnosticisme, une puissante hérésie des premiers siècles du christianisme. Sa mort spectaculaire dont il existe deux versions a inspiré l’art et les romanciers (Jacque Lacarrière, Jean-Claude Carrière). Guillaume Apollinaire dans le poème Zone du recueil Alcools cite Simon le Magicien :

Pupille Christ de l’œil
Vingtième pupille des siècles il sait y faire
Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l’air
Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder
Ils disent qu’il imite Simon Mage en Judée
Ils crient s’il sait voler qu’on l’appelle voleur
Les anges voltigent autour du joli voltigeur

La mort de Simon le Magicien emporté par Satan

Le passage de la 1ère lettre de saint Pierre fait allusion aux situations de persécution ou simplement de refus du message chrétien et propose une démarche, une méthode :  se défendre mais avec douceur et respect. Dans la plupart des récits qui nous décrivent le martyr des chrétiens pendant l’empire romain, les auteurs sont frappés par l’attitude de ces hommes, femmes, enfants qui affirment fortement et sereinement leur foi, malgré la vue de ce qui les attend, malgré la torture. Il peut y avoir une volonté agiographique si l’auteur est chrétien mais pour d’autres qui par ailleurs ne comprennent pas du tout le pourquoi de leur foi, de leur espérance, leur surprise, parfois même leur admiration ne sont pas feintes. Ils vivent, et beaucoup encore aujourd’hui, ce que le Christ a vécu, ils acceptent d’être conformés au Christ.

Dans l’évangile selon saint Jean, Jésus annonce à ses disciples la venue du Défenseur, en fait « un autre Défenseur » car Jésus est notre défenseur auprès du Père. Da       ns son amour sans limite, Jésus ne veut pas nous laisser orphelins. Jésus annonce aussi sa Résurrection et ses apparitions comme Ressuscité. Ce Défenseur, l’Esprit de vérité, va nous aider à pénétrer l’intimité de la filiation de Jésus, notre frère, donc nous permettre, même de manière infime, l’intimité de notre propre filiation.

Prière : Seigneur, envoie-nous ton Esprit qui renouvelle la face de la Terre.