Mgr Wintzer en Allemagne…

Mgr Wintzer est pour quelques jours en Allemagne, pays qu’il connaît bien et aime y retourner. Il nous adresse quotidiennement ses impressions, impressions qui le ramènent parfois aux réalités de notre diocèse.

Dimanche 26 février – Dresde… encore

Les meilleures choses ont une fin, dont ce séjour dans l’est de l’Allemagne. Profitant encore de Dresde, je me suis rendu à l’Albertinum. Ce musée, récemment restauré, après avoir subi les crues de l’Elbe de 2002, accueille les collections de peintures des XIXe et XXe siècles.

Dans le cœur de Dresde se trouvent ses deux églises principales : la Hofkirche et la Frauenkirche. La Hofkirche est catholique : en effet, les rois de Saxe, dont Auguste « le Fort » se convertirent au catholicisme, il devint aussi roi de Pologne. Cette église fut érigée en co-cathédrale il y a quelques années, désormais cathédrale de la Sainte Trinité ; en effet, le siège épiscopal se trouve à Meissen et non à Dresde, mais désormais cette ville dispose aussi de sa cathédrale, même si l’évêque est le même ; je n’ai pas vraiment entendu de telles attentes de la part des niortais.

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La ville de Dresde, ne voulant pas léser sa population protestante, fit ériger une église pour celle-ci, ce sera la Frauenkirche, autrement dit l’église Notre-Dame ; oui, tel est le vocable de la grande église protestante de Dresde ; je l’ai déjà précisé, cette église a été relevée de toutes pièces il n’y a que quelques années. Les quelques pierres noires qu’elle porte encore sont celles qui demeurèrent après le bombardement de 1945.
Bien entendu, la Hofkirche fut aussi presque détruite par les bombes et l’incendie qui s’en suivit, mais elle fut restaurée avant que la Frauenkirche ne le soit.

Sur cette rive de l’Elbe se trouvent donc une série de monuments baroques d’une qualité exceptionnelle.
Il faudrait que je mentionne aussi l’opéra Semper, avec l’orchestre qu’il abrite, la Staskapelle Dresden. Mon regret est qu’à mes dates de présence dans cette ville, aucun concert ni aucun opéra n’était programmé ; ce ne fut heureusement pas le cas l’an dernier à Leipzig ni auparavant à Francfort.
La musique me rappellera sans doute à Dresde, même si je dispose de quelques enregistrements de l’époque où l’orchestre était dirigé par Bernard Haitink ; il enregistra une intégrale magistrale des symphonies de Chostakovitch.

Je m’arrête quand même sur l’Albertinum. Le musée rassemble une collection exceptionnelle des artistes allemands du romantisme à l’époque contemporaine.
Je retiens deux artistes, d’abord Caspar David Friedrich, la grande figure du romantisme allemand.

Et aussi Otto Dix. Il donne une vision d’une humanité détruite par la Première guerre mondiale, destruction physique et aussi morale. L’œuvre majeure du musée est un triptyque intitulé Krieg, autrement dit Guerre. Dix y reprend les codes des triptyques de la Passion, avec chemin de croix, mort, descente de croix et mise au tombeau, mais rien n’y annonce une quelconque résurrection possible ; oui, la guerre fut pour bien des européens du début du XXe siècle la mort de toute espérance.

Enfin, les voyages sont aussi l’occasion de lectures. Je retiens deux livres de ce séjour en Allemagne ; d’abord le dernier livre, paru en poche, de Philip Kerr, La dame de Zagreb, un bon opus de cet auteur souvent excellent, de plus adapté à un tel voyage puisqu’il s’agit d’une enquête se déroulant dans l’Allemagne nazie et la Croatie des oustachis. Je retiens aussi J’étais Dora Suarez de Robin Cook. J’avais lu il y a bien vingt ans les autres romans de cet auteur britannique de polars. Celui-ci est vraiment noir et désespéré, mais surtout de grande qualité. Il est à réserver à des personnes dont le moral est plutôt bon, c’est nécessaire pour le lire sereinement.

Lire… et écrire. Je ne sais si ces billets auront trouvé quelque lecteur ? J’espère qu’ils donneront le goût de l’Allemagne à ceux qui ne connaissent pas ce pays.

Samedi 25 février – Toujours plus à l’est

Ce samedi, je me suis rendu à Görlitz. A plus de 100 km de Dresde, cette petite ville se trouve sur les rives de la Neisse, autrement dit aux frontières de la Pologne.
En effet, en 1945, les nouvelles frontières de l’est de l’Allemagne furent décidées comme suivant la ligne Oder-Neisse. La ville de Görlitz qui s’étendait des deux côtés de la rivière fut partagée en deux villes, l’une allemande, l’autre polonaise.
L’Allemagne fut amputée d’une partie importante de son territoire, la Silésie, dont la ville de Breslau qui deviendra la ville polonaise de Wroclaw.
Ceci entraîna d’importants mouvements de populations : les allemands quittèrent cette région et y furent remplacés par des polonais qui, eux-mêmes, avaient dû quitter leurs territoires de l’est devenus ukrainiens.

Lorsque l’Allemagne fut réunifiée après 1989, la question se posa des frontières du pays ; il fut décidé qu’on ne reviendrait pas sur la frontière Oder-Neisse.
L’Union européenne m’a permis de franchir sans difficulté le pont qui enjambe la Neisse et de faire quelques pas en Pologne ; des magasins de cigarettes y sont assez nombreux, sans doute que les taxes ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre… encore un petit effort (un gros effort) pour harmoniser nos fiscalités. On bénéficie surtout d’une belle vue sur la vieille ville de Görlitz, qui est tout de même sur la rive allemande, dont l’église Saint Pierre.

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Avant d’attendre Görlitz, on traverse une autre ville, Bautzen, dans laquelle je me suis arrêté.
Ces deux villes ont été épargnées par les bombardements de la Deuxième guerre mondiale ; elles conservent donc leurs édifices tant médiévaux que classiques et art nouveau ; ils ont bénéficié d’importantes restaurations après 1989.

Les gares de ces villes sont encore des gares, un peu vieillottes, un peu défraichies, mais elles répondent à leur usage premier : on s’y rend pour prendre un train. Il n’en est plus ainsi dans les gares des métropoles, allemandes, françaises aussi. Les gares y sont devenues de vastes centres commerciaux où l’on peut, aussi, trouver des trains.

Bautzen est une ville qui a aussi beaucoup de charme, avec ses places typiquement allemandes, aux belles façades.
Située dans un méandre de la Spree, la ville conserve une bonne partie de ses remparts et de ses tours de défense.

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Par un beau soleil d’hiver, surtout dans ces villes qui ne bénéficient pas des trois étoiles des guides touristiques, les dits touristes sont en nombre bien limité ; on s’en rend compte en écoutant parler les passants : de l’allemand et rien d’autre, excepté sans doute du polonais, et aussi, à Bautzen, une langue originale : cette ville compte en effet une population sorabe. Les Sorabes sont une des minorités ethniques d’Allemagne, ils sont slaves et leur langue s’apparente au polonais et au tchèque, elle est toujours transmise dans les familles et les écoles ; les écriteaux publics de Bautzen sont dans les deux langues.

Vendredi 24 février – Dresde (suite)

Ce vendredi je suis retourné à la galerie des maîtres anciens. Elle est située dans la résidence du Zwinger, construite par les rois de Saxe pour être un lieu de réceptions et de festivités. Par la suite ce palais accueillera leurs collections de tableaux, mais aussi de porcelaines de Chine et autres objets précieux.

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Cette visite a enrichi mon bestiaire mystique : après l’autruche, j’ai appris que l’escargot était aussi un symbole de l’Immaculée-Conception : selon les croyances du temps, il était fécondé par la rosée !

Alors que Paris s’enorgueillit, à juste raison, d’accueillir actuellement une exposition Vermeer rassemblant nombre des œuvres de l’illustre flamand, Dresde expose encore les deux œuvres de ce peintre contenues dans ses collections. Il y a en particulier une œuvre de transition, encore d’assez grand format où une entremetteuse, c’est le titre donné à ce tableau, est en train de monnayer les charmes d’une « protégée » à un client qui semble intéressé.
Au-delà de la scène de genre, dont l’artiste, qui se fait aussi moraliste en plaçant au centre du tableau les mains qui échangent de l’argent, il faut souligner le magnifique rendu du tapis d’Orient qui occupe la partie inférieure de l’œuvre. Il est aussi à remarquer la luminosité du vêtement jaune que porte la jeune-femme.

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Vermeer saura faire bon usage de ce jaune, en particulier pour un certain petit pan de mur. L’autre œuvre de Vermeer de Dresde, représente une jeune-femme lisant à sa fenêtre.

Il faudrait aussi mentionner plusieurs Rembrandt dont divers portraits de Saskia, un très beau Rubens représentant Bethsabée au bain ; c’est la seconde femme du peintre qui servit de modèle, de par la plastique de celle-ci, l’artiste donne à comprendre la faiblesse de David.
Une œuvre de l’italien Cignani souligne au contraire combien la résistance de Joseph fut méritoire au regard de ce qu’il montre de la femme de Putiphar.

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Je viens de mentionner un artiste italien, ils sont en effet nombreux dans les collections : Mantegna, Raphaël, Titien, Tintoret, etc. Le musée est certainement un des plus beaux d’Europe par sa richesse et son excellence ; encore une fois, les rois de Saxe avaient du goût… et des moyens.

Une pièce accueille enfin une série de vues de Dresde de la fin du XVIIIe siècle. Elles sont l’œuvre de Bernardo Bellotto, neveu du vénitien Canaletto, dont il reprit le nom pour signer ses propres œuvres. Oui, Dresde fut bien, à cette époque, et peut-être encore aujourd’hui, la Florence du Nord.

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Jeudi 23 février : Dresde

J’étais déjà venu à Dresde il y a une quinzaine d’années, à l’occasion d’un voyage à Berlin ; je ne regrette pas de m’y retrouver à nouveau : la ville a continué à relever quelques-uns de ses monuments détruits pendant la Deuxième guerre mondiale.
L’Allemagne n’a pas connu la bombe atomique, mais les bombardements massifs, sans doute nécessaires pour mettre à bas un pouvoir maléfique et déraisonnable, ont détruit la plupart des villes allemandes, dont Dresde, lors des bombardements qui survinrent du 13 au 15 février 1945. Certes la ville fut réduite à l’état de ruines, il y eut surtout près de 25.000 morts.

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Désormais la Frauenkirche est debout et le château des rois-électeurs de Saxe restauré.
Dans ce dernier, j’ai pu découvrir « la voute verte ». Ces pièces, ou détruites ou très détériorées durant les bombardements furent aménagées pour accueillir les trésors et les objets précieux de la famille royale.
Celui qui est l’auteur principal des collections est Auguste « le Fort », autrement Frédéric-Auguste de Saxe, né à Dresde en 1670 et mort à Varsovie le 1er février 1733, prince électeur de Saxe.

Visitant ces pièces, on risque le syndrome de Stendhal. La profusion de la décoration certes, mais surtout la multitude des objets et leur richesse éblouit et même submerge : pierres et métaux précieux, ambre, ivoire… avec l’art des meilleurs artisans européens des XVIIe et XVIIIe siècles. Certes, il faut apprécier le baroque !

M’est venue en mémoire une des scènes du Casanova de Federico Fellini. Le Chevalier de Saint Gall est reçu par le roi de Saxe, mécène et protecteur des artistes. Se déroule alors un concert d’orgues des plus étonnants : dans une pièce immense, des orgues sont disposées sur l’ensemble des murs, à diverses hauteurs. Des joueurs, grâce à des échelles ou à des tribunes jouent sur l’ensemble des instruments.
La musique n’est pas du XVIIIe siècle, mais celle de Nino Rota, compositeur attitré de Fellini, dont la bande originale de Casanova est une des plus belles pièces. Dans cette scène à l’étonnant pouvoir visuel et acoustique, le goût de la collection du roi est décliné jusqu’à l’absurde.

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Dans cet amoncellement de richesses et d’objets précieux, on verra aussi des œufs d’autruches sertis dans l’argent ou le vermeil. Et on apprendra, en tout cas ce fut mon cas, que l’autruche fut une image de l’Immaculée-Conception ! On pensait en effet que cet oiseau, qui ne vole pas, laissait ses œufs dans le sable pour qu’ils soient fécondés et qu’ils éclosent grâce à la chaleur du soleil !

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Il faut préciser que l’accès à la voute verte se fait de manière réduite, un nombre limité de visiteurs ayant la possibilité de s’y trouver ensemble.
Heureusement, faire des visites en hiver évite les inconvénients des hordes touristiques estivales : nous n’étions que cinq à six personnes dans chacune des pièces. Et puis, les villes sont belles aussi en hiver.

Mercredi 22 février

Erfurt n’est que mon lieu de logement, j’avais visité la ville l’an passé. Bien entendu, pour nous, poitevins, c’est une ville qui compte : c’est la capitale de la Thuringe, le pays de sainte Radegonde. C’est aussi la ville où Luther passa plusieurs années, comme moine augustin, avant qu’il n’affiche ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg. C’était il y a 500 ans, ce fut le début de la Réforme. Je note qu’en Allemagne, cet anniversaire est vraiment un événement public, il donne lieu à une production théologique certes, mais aussi à nombre d’objets dérivés, certains assez fantaisistes.

Ce mercredi, j’ai repris le train pour Weimar avec le projet de visiter cette ville qui, après la chute du mur de Berlin, a bénéficié d’un important programme de restauration de son patrimoine, avec en prime l’arrivée de toutes les enseignes commerciales jusqu’ici cantonnées à l’ouest.

Goethe est partout présent dans la ville, comme les autres auteurs romantiques qui firent de Weimar leur Athènes : Schiller, Herder, Hummel, Liszt, et combien d’autres.

Goethe bénéficia de la protection et du soutien du duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach, il lui offrit en particulier la belle demeure du centre-ville, désormais transformée en musée mais dans le respect de ce que l’on désigne comme une « maison d’écrivain ». Le duc offrit également à Goethe un logis dans le parc qui fut aménagé à l’anglaise, dans une perspective romantique, sur les orientations données par Goethe lui-même.

La Château de Weimar donne de découvrir quelques belles pièces dont beaucoup reçoivent une collection de peintures où l’on admire des Cranach, mais aussi quelques Friedrich et même une des cathédrales de Rouen de Claude Monet.

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A Dresde, il me sera donné de voir d’autres œuvres du grand romantique allemand.

Je reconnais qu’il fait bon marcher dans les rues des villes. A Weimar, le regard est attiré par de beaux immeubles, de belles façades, à l’abri des voitures car, comme toutes les villes allemandes, le centre est laissé aux piétons et aux transports en commun ; de nombreux parkings accueillent les voitures aux portes du centre de la ville.

Mais, utilisant le train et les pieds, ces parkings me sont inutiles.

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Je m’étonne qu’en France, à Poitiers singulièrement, le développement de l’espace réservé aux piétons provoque encore des mécontentements. Une ville, surtout lorsqu’elle est restée en partie médiévale, ce n’est pas l’espace pour ces engins bruyants, malodorants et coûteux, dangereux aussi. Il est temps de savoir marier les différents modes de transport : la voiture n’a pas vocation à arriver à la porte du magasin, voire dans les rayons de celui-ci.

Je me fais cette réflexion, mais elle vient de quelqu’un qui n’est poitevin que depuis dix ans : si Niort est la plus petite des villes urbaines, Poitiers est la plus grande des villes rurales. Les attitudes et même les manières de conduire les voitures en sont pour moi une illustration.

Vous le constatez, même à l’étranger, on est toujours tenté de ramener à soi et à ses propres expériences ce que l’on découvre.

Enfin, à Weimar, je n’ai pas croisé un seul braque*, à mon grand regret, mais quelques-uns des portraits de Luther par Cranach.

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*NDLR: Le braque de Weimar est une race de chien originaire d’Allemagne à la robe gris-argentée originellement développée comme chien d’arrêt. Le nom provient du Duché de Saxe-Weimar où la cour de Charles-Auguste en appréciait les qualités de chasseur. Wikipédia

Mardi 21 février 2017

Ce mois de février me voit revenir en Allemagne pour la …, je n’en ai pas fait le compte, mais je dois avoir dépassé la dixième, voire la quinzième fois. Des trains directs menant de Paris à Francfort, à Cologne et à Essen, en grande vitesse, permettent d’être vite à pied d’œuvre.

Comme l’an dernier à Leipzig et à Erfurt, je retourne dans l’est du pays, cette année à Weimar, à Dresde, où je m’étais déjà rendu il y a une quinzaine d’années, et à Görlitz, je serai alors à la frontière polonaise.

Ayant choisi un hôtel à Erfurt, hôtel découvert l’an dernier et m’ayant donné satisfaction, je me rends par le train à Weimar.

Ce mardi, je me suis contenté de sortir de la gare pour prendre un bus pour Buchenwald. Oui, un des camps de concentration nazis se trouve à moins de dix kilomètres d’une des capitales de la culture allemande, la ville de Goethe et de Schiller. Plutôt que de se mesurer à cette culture, voire de s’appuyer sur elle, le nazisme l’ignore, lui tourne le dos, la combat : « quand j’entends le mot culture, je sors mon révolver » proclamait Baldur von Schirach, chef des jeunesses hitlériennes.

Ce n’est pas l’Allemagne de la culture qu’ont prétendu « servir » les nazis – ils les ont détruites, et la culture et l’Allemagne – mais l’Allemagne du sang.

En effet, la culture est le lieu par excellence des rencontres, les romantiques allemands étaient ainsi des amoureux de l’Italie.

Le nazisme est l’opposé de la culture, autrement dit de la richesse et de la complexité. Pour ce régime comme pour tous les totalitarismes, la monde est simple, la solution évidente : le danger c’est l’autre, ce sont les autres.

Et le nazisme c’est aussi le mensonge, affiché sans vergogne : au-dessus du portail d’entrée d’Auschwitz est annoncé « Arbeit macht frei », sur la grille de Buchenwald, « Jedem das Seine », autrement dit, « A chacun son dû ».

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Le nazisme, dès les premiers mois de l’accès d’Hitler au pouvoir, a tout fait pour faire taire et supprimer ceux désignés comme « étrangers à la communauté » : opposants politiques, juifs, tsiganes, homosexuels, etc.

Le parti est tout, le pays et le peuple y sont identifiés ; toute opposition, toute différence, ou désignée telle, range de facto dans la catégorie de ceux qui s’excluent de la « communauté ».

« Ein Volk, ein Reich, ein Führer » : cette formule, placardée sur des affiches à partir de 1938, n’appelle aucune distance et conséquemment fait taire ou élimine tout ce, tous ceux, qui n’appartiennent pas à cette « identité ».

Buchenwald, ouvert en 1937, accueille ceux qui ne correspondent pas, ou refusent, cette communauté qui ne tolère aucune différence. Camp de concentration et non d’extermination, il verra cependant des milliers de morts, du fait des mauvais traitements, des maladies, de l’épuisement, des exécutions sommaires, les SS ayant un droit absolu sur les déportés, ceux-ci venaient de tous les pays d’Europe, dont la France.

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Parmi les œuvres majeures portant sur l’univers concentrationnaire nazi, plusieurs de leurs auteurs furent déportés à Buchenwald ; il s’agit en particulier d’Elie Wiesel, de Jorge Semprun, de Robert Antelme. Dietrich Bonhoeffer séjourna aussi dans ce camp avant d’être envoyé à Flossenburg où il sera pendu.

Plus que l’image, l’écriture, avec toute sa force est la plus à même de rendre témoignage de ce qui s’est vécu, en Europe, entre 1933 et 1945. Ou alors, ce seront les images des lieux eux-mêmes que l’on parcoure, comme le fit le pape François l’été dernier à Auschwitz, dans le silence.

Dois-je dire que pourtant, les modes du moment contaminent tout ? Comme on ne sait plus regarder de ses yeux un paysage ou une œuvre d’art, on ne le fait plus qu’à travers son téléphone portable, c’est aussi ce que j’ai vu dans le crématorium de Buchenwald : des personnes prenant en photo les lieux, mais aussi s’y prenant en photo. Oui, il en est ainsi, on appelle cela le monde moderne.