Ouvrons les yeux !

Nous vivons douloureusement la période actuelle, elle nous atteint tous. Dans de telles situations, il faut que nous puissions en parler ensemble, exprimer nos regards, nos souffrances, nos révoltes et nos questions.
L’équipe diocésaine de la pastorale des familles vous adresse cette lettre. Vous pouvez vous appuyer sur elle pour ouvrir une parole et échanger dans vos groupes, vos équipes, vos familles.

Ouvrons les yeux !
Face aux révélations qui ne cessent de déferler dans l’Eglise concernant plusieurs sortes d’abus très graves, nos familles se sentent inquiètes, interpellées, parfois bouleversées, dans tous les cas, fragilisées. Le « ciel » nous tombe sur la tête. Beaucoup disent n’avoir rien vu venir, ils n’auraient jamais cru. C’est la confiance qui est fissurée. Et sans confiance, pas d’avenir. Alors, que faire ?
Déserter ? Renoncer à croire ? Rester seul avec son chagrin ? Crier au complot contre l’Eglise ? Fermer les yeux et… continuer comme avant ? Ces réactions existent, toutes se comprennent. Désemparé devant un tel désastre, chacun réagit comme il est et comme il peut. Ne jugeons pas. Cependant, le Ressuscité de Pâques appelle son peuple à se tenir debout. C’est pourquoi en équipe diocésaine, nous adressons un message d’espérance et de soutien aux familles, particulièrement aux générations nouvelles, aux parents et aux grands-parents, mais aussi plus largement à tous les éducateurs, aux catéchistes, pour les exhorter à relever la tête.
Qui sommes-nous pour vous écrire ? Comme vous, nous sommes à terre, « cendrés » de poussière, en ce Carême pas comme les autres. Pourtant, les yeux fixés sur le Christ, nous disons dans la foi, avec saint Paul : « Nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés, mais non abandonnés ; terrassés mais non anéantis. » 2 Co 4, 8-9.
Le Christ lui-même, par ces événements, nous invite à un sursaut d’Évangile.

Lucidité exigeante et bienveillante.
Même si nous ne sommes pour rien dans ces événements dramatiques, nous estimons cependant ne pas être complètement innocents. Interrogeons-nous : quelle est ma part de responsabilité ? Qu’est-ce qui, dans mon attitude, a pu consciemment ou non, laisser le silence s’installer et laisser passer tant d’abus de pouvoir, de conscience et d’abus sexuels ? Naïveté ? Obéissance servile ? Consentement à sacraliser les prêtres de manière insensée ? Il ne s’agit pas de céder à la tentation du soupçon, il s’agit, comme le demande le pape François, de faire une autocritique adulte et responsable.

Qui est l’Eglise ?
Nous n’imputons pas à l’Eglise tout entière le crime de quelques prédateurs. Le péché de l’institution, c’est son silence, sous prétexte de solidarité que nous nommons corporatisme. On ne couvre pas des crimes.
Même si les médias et encore trop de chrétiens le pensent, l’Eglise ne se réduit pas à l’organisation pyramidale des clercs. L’Eglise, c’est nous tous, le peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’esprit. (Concile Vatican II) Au milieu de nous et à notre service, le pape, les évêques et les prêtres sont des baptisés comme nous, ministres ordonnés pour nous. Nous les aimons comme des frères, sans les surestimer. Nous collaborons le plus souvent de manière heureuse avec eux, à l’annonce de l’Evangile. Avec le pape François, nous voulons arracher de nos réflexes tout cléricalisme qui nous laisseraient infantilisés, déresponsabilisés. Remplis d’énergie et de joie dans l’élan du synode, nous

voulons suivre le Christ qui nous dit que nous n’avons qu’un seul Père qui est aux cieux, un seul chef le Christ, un seul Maître l’Esprit, le « maître intérieur », comme disait Saint Augustin, à l’écoute duquel nous nous mettons ensemble. Donc, que nul, sur la terre, ne se prenne pour Dieu, ni les parents vis-à-vis de leurs enfants, ni les prêtres vis-à-vis des communautés.

Plus jamais ça !
Nous nous réjouissons et sommes fiers, à juste titre, des très nombreuses actions éducatives menées aux côtés des familles, au nom de l’Evangile, auprès des enfants et des jeunes : éveil à la foi, catéchèse, filles et garçons servants d’autel, scoutisme, MEJ, ACE, JOC, nous ne pouvons toutes les énumérer. Ces actions visent à conduire à la liberté du Christ. Pas question de baisser les bras, mais soyons vigilants et exigeants avec les prêtres, les équipes de parents et d’adultes qui accompagnent ces jeunes. Que notre reconnaissance s’allie à une lucidité accrue. Intéressons-nous à ce qui se passe, observons et écoutons les enfants. Ne soyons pas sourds, si le cas se présente, au cri muet de petites victimes. S’il y a, hélas, des abus sexuels dans l’Eglise, nous tenons à rappeler que 80 % des abus se déroulent dans le milieu clos de la famille, et qu’un enfant sur cinq a subi des attouchements. Effrayante statistique. C’est en famille qu’il faut donc d’abord être vigilant. Quand un enfant va mal, il lance des signes d’alerte : apprenons à les lire, d’où qu’ils viennent. Des psychologues peuvent nous aider. Faisons appel à des professionnels lorsque surgit un doute.

On en parle !
Chrétiens baptisés, confirmés, osons prendre la parole dans notre paroisse, en famille, à l’école, partout. Dès lors qu’une écoute bienveillante et respectueuse s’installe dans un groupe, les langues se délient, plusieurs communautés chrétiennes viennent d’en faire l’expérience bouleversante. Dans nos quartiers, des hommes et des femmes attendent. Prenez, vous aussi, maintenant, l’initiative d’organiser une réunion. Rassemblez-vous à plusieurs familles, créez des lieux d’écoute et de parole, dans le respect de toutes les différences et de nos sensibilités religieuses aujourd’hui à vif. « La joie de l’amour », du pape François, peut nous accompagner. Notre modèle, c’est le Christ ! Imitons sa manière non violente de rendre témoignage à la vérité, toujours avec exigence et bienveillance.
L’équipe diocésaine est à votre disposition pour venir éventuellement vous aider à animer, loin de toute polémique, ces soirées de conversation, d’écoute et d’échanges fraternels.
Pour que chacun se sente en confiance et retrouve confiance dans l’Eglise que nous sommes tous ensemble, ouvrons les yeux… et notre cœur.

 

Poitiers, le 25 mars 2019,
L’équipe diocésaine de la pastorale des familles,

Yves et Lorraine Content
Yves Labelle Sylvie Longueville
Gérard et Thérèse Loison
Isabelle Parmentier
Maryvonne Verneau