Retour de Chypre

Par le père Yves-Marie Blanchard – Pèlerinage diocésain : 12-19 mars 2018

Une île très convoitée

Tel un porte-avions amarré au large d’un Moyen-Orient particulièrement instable, la grande île de Chypre fait l’objet de multiples convoitises, tant militaires que diplomatiques.  Surtout, depuis 1974, la partition en deux zones, grecque au Sud, turque au Nord, constitue une situation intolérable pour beaucoup de Chypriotes, attachés à l’idée d’une nation commune, forgée au cours des siècles d’une histoire mouvementée. Nous ne sommes pas prêts d’oublier la division de la capitale Nicosie, comme au temps du mur de Berlin, ainsi que les files d’attentes aux « check-points » que nous avons franchis à plusieurs reprises.

Une Église universelle

Cependant, comme en réaction à une telle situation, Chypre en ses deux parties accueille de nombreuses étudiant(e)s, notamment venus d’Afrique. Cela nous valut d’ailleurs une superbe messe dominicale, animée par la communauté africaine, sous la présidence d’un prêtre polonais, franciscain de Terre Sainte – les catholiques de Chypre sont, en effet, rattachés au diocèse latin de Jérusalem – et en compagnie de deux aumôniers militaires auprès du détachement slovaque de l’ONU, en charge du cessez-le-feu sur la ligne « verte » séparant les deux fractions de l’île déchirée. Belle image d’une Église « catholique », donc universelle !

Une terre d’apôtres

Pèlerins, nous avons mis nos pas dans ceux de l’apôtre Paul qui, parti d’Antioche avec Barnabé et Jean-Marc, vécut à Chypre sa première expérience missionnaire (Actes 13,4-12), traversant l’ile d’Est (Salamine) en Ouest (Paphos). Ce fut d’ailleurs là que l’apôtre troqua son nom hébreu (Saul) pour celui de Paul qui nous est familier (Actes 13,9). D’autres saints de l’Église sont ici populaires, tels André, Barnabé ou encore l’arménien Mamas. Ainsi avons-nous visité tour à tour sites romains, basiliques byzantines et monastères grecs-orthodoxes, riches d’icônes parfois mêlées aux ogives gothiques laissées par des architectes venus d’Occident.

Une réalité œcuménique

L’île de Chypre fut en effet, quatre siècles durant, sous administration latine : d’abord, la brillante dynastie poitevine de la Maison de Lusignan (1192-1489), introduite par Richard Cœur de Lion, suite à la troisième croisade ; puis plus brièvement les Vénitiens (1489-1571), dont les imposantes fortifications doivent beaucoup aux matériaux prélevés sur les constructions françaises. De cette riche époque témoignent encore châteaux-forts, remparts et monastères, ainsi que deux magnifiques cathédrales gothiques, à Nicosie et Famagouste, sobrement reconverties en mosquées depuis l’époque ottomane.
L’île de Chypre n’en est pas moins majoritairement de tradition grecque orthodoxe, comme en attestent les merveilleuses églises du massif montagneux du Troodos, cachant sous de lourdes toitures la légèreté de coupoles tapissées d’éblouissantes fresques, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Là aussi, le voyage nous aura donné de rejoindre la réalité œcuménique, aux confins de l’Orient et l’Occident, si différents quoique souvent mêlés, au gré d’une histoire riche de rencontres. Bref, une belle démarche de pèlerinage, tissée d’apprentissages et découvertes, au sein d’une nature généreuse, émaillée de fleurs colorées, comme il convenait à ces jours de printemps, bien sûr en avance sur le climat de France !

Chypre 2018