Huit jours en Sicile : pèlerinage diocésain du 2 au 9 septembre

Par le Père Yves-Marie Blanchard – Photos : Service des pèlerinages

Devant l’église normande de Cefalu

Un pèlerinage en Sicile, qu’est-ce à dire ?  Certes, la belle île méditerranéenne figure dans les Actes des Apôtres (28,12), avec une brève escale à Syracuse (seulement trois jours) de Paul en route vers Rome, au terme de sa vie missionnaire… C’est bien peu, et pourtant, à chaque pas de ce beau périple, la Sicile a rejoint, voire éclairé nos préoccupations spirituelles et religieuses.

Il y a d’abord les sites, montagneux dans l’ensemble, avec de superbes côtes découpées et ce monstre naturel que constitue le volcan Etna, à plus de 3000 mètres d‘altitude, aussi familier que menaçant, au rythme de ses éruptions, sans parler des tremblements de terre qui ont, à maintes reprises, affecté la Sicile.

Le site archéologique de Syracuse

Ensuite viennent les Grecs, dont l’île a conservé une somme impressionnante de temples étonnamment bien conservés, à Agrigente, Sélinonte ou Ségeste : sans doute les chefs d’œuvre de l’art grec les plus purs et les plus aptes à suggérer cette beauté dont on a dit qu’elle sauverait le monde. Et cela sans omettre la majesté des théâtres et amphithéâtres, tant à Syracuse au cœur de la cité, qu’à Taormine, en balcon sur la mer.

Surtout, le règne des rois normands (contemporains de notre Aliénor) a réussi le miracle d’un échange interculturel entre, d’une part, Latins venus de l’Ouest et attachés à l’Église de Rome, et, d’autre part, Grecs byzantins et Arabes musulmans précédemment implantés dans l’île. De la rencontre des techniques et des inspirations, ont jailli les plus beaux trésors de l’art romano-sicule : églises sévères à l’extérieur, mais tapissées de mosaïques éclatantes, dont les fonds d’or mettent en valeur tant l’image grandiose du Christ Pantocrator que les scènes familières de l’un et l’autre Testaments (chapelle palatine à Palerme, cathédrales de Cefalù et Monreale, cette dernière étant en outre dotée du cloître roman le plus beau qu’on puisse imaginer).

Cloître de la cathédrale de Monreale

Bref, l’île des saintes martyres Agathe (de Catane) et Lucie (de Syracuse) – que rejoignit beaucoup plus tard l’ermite médiévale sainte Rosalie, si populaire dans sa ville de Palerme – a conservé un patrimoine artistique et religieux exceptionnel. Plus tard, la prolifération des monuments baroques, édifiés durant les longs siècles de domination espagnole, est venue ajouter une note d’exubérance à ce décor déjà si riche. Et, comme par contraste, l’humble Vierge des Larmes de Syracuse, manifestée en 1953, atteste la force d’une foi simple et populaire. La Sicile en a sans doute encore le plus grand besoin, confrontée qu’elle se trouve à l’afflux de migrants déversés par la mer.

Dans le sanctuaire de Sainte Rosalie

De tout cela nous avons parlé durant ces huit jours de circuit-pèlerinage, éclairés par les explications et les lectures de textes. Surtout, nous avons pu rassembler émotions, questions et actions de grâce, au travers de belles célébrations eucharistiques vécues dans des sanctuaires chers aux Siciliens. Dans l’ensemble, nous avons apprécié la qualité de l’accueil reçu, la gentillesse des personnes rencontrées et, plus que tout, la simple et belle amitié vécue dans un groupe aussi divers que le nôtre. N’est-ce pas aussi la grâce des pèlerinages qui, ouvrant nos cœurs à l’inconnu, nous aident à faire route ensemble, selon une démarche qu’il n’est sans doute pas exagéré de dire « synodale » ?