Pèlerinage en Arménie 2016

Avouons-le, à part une vague idée du génocide de 1915, la, plupart d’entre nous ne savaient pas grand chose de l’actuelle république d’Arménie, que nous avons eu le bonheur de parcourir, en une semaine infiniment riche de découvertes et d’émotions.

Blotti au cœur du Caucase et cerné de voisins plus ou moins hostiles, ce petit pays présente une riche palette de paysages accidentés, dont l’extrême variété se dévoile à chaque tournant (et Dieu sait s’il y en a). De plus, en cette période printanière, montagnes et plateaux arborent une parure de fleurs multicolores, à tel point qu’on se serait vite cru ramené au temps des Impressionnistes… Surtout, une suite ininterrompue d’églises et monastères, plantés dans des sites incroyables, atteste la ferveur et le génie d’un peuple qui, à juste titre, revendique le titre de plus ancienne nation chrétienne au monde (301) et dont les chefs d’œuvre d’architecture devancent de plusieurs siècles nos propres églises romanes.

Toujours vivante, comme nous en a convaincus notre visite au patriarcat d’Etchmiadzin, l’Église apostolique grégorienne d’Arménie se prépare à accueillir le pape François, en visite les 25-26 juin prochains. Catholiques et Protestants ne sont pas de reste : nous les avons rencontrés tant en province (Gumri) que dans la capitale (Erivan). Leur engagement au service des plus pauvres ne reste pas inaperçu dans un pays sur lequel se sont acharnées diverses catastrophes : tremblement de terre de 1988 ; démantèlement de l’économie soviétique ; guerre onéreuse pour le contrôle du Karabagh (enclave arménienne au sein de l’Azerbaïdjan).

D’un tel périple, nous garderons avant tout le souvenir d’un accueil généreux aussi bien que chaleureux : pour avoir tant souffert, le peuple arménien paraît avoir gardé un sens exceptionnel de l’accueil et du partage. La fidélité à l’Église apostolique et l’attachement à la culture et à la langue nationales font de ce petit pays (seulement 3 millions d’habitants) le phare d’une immense diaspora (de l’ordre de 9 millions partout dans le monde). Quelle ne fut pas aussi notre surprise, à nous poitevins, de constater que le nom de Lusignan continue de résonner dans le cœur des Arméniens ! Fiers d’avoir ainsi donné à l’Arménie le dernier de ses rois (Léon V, au quatorzième siècle), nous saurons désormais ce que représente la croix glorieuse (khatchkar) récemment érigée à Lusignan : symbole vivant de l’Arménie, dans ses combats et ses souffrances, ainsi que vive mémoire du Crucifié-Ressuscité, vainqueur à jamais du mal et de la mort !

Père Yves-Marie Blanchard

Pélerinage en Arménie 2016

Légendes

01 et 02 : monastère du lac Sevan, cimetière de khatchkar
03 et 04 : monastère de Tatev, monastère de Noravank
05 et 06 : chapelle du monastère de Noravank, cathédrale d’Edjmiatzin
07 et 08 : Temple de Garni (1er siècle), célébration à l’archevêché des Arméniens catholiques d’Erevan
09 : Soirée chez une pianiste arménienne de talent, Gayané