Pèlerinage en Iran : quand le voyage se fait « visitation ».

Père Yves-Marie Blanchard.

Quel regard porter sur l’Iran, ce grand pays de 82 millions d’habitants, dont une poussière de chrétiens, bastion de l’Islam chiite, placé au centre d’intérêts géopolitiques fort complexes ? Rien ne vaut alors un voyage sur place : c’est le périple que viennent d’accomplir 32 « pèlerins » de la région apostolique, dont 26 du diocèse de Poitiers.

Au-delà du dépaysement, l’impression unanime est bien celle de l’étonnement : une population jeune, accueillante, avide de contacts, et quasiment décontractée malgré les contraintes vestimentaires imposées aux femmes. Plus que tout sans doute, l’attente de changements profonds dans la société, et l’espérance en un avenir de paix, justice et prospérité…

Il est vrai que cet immense pays, riche de trois mille ans d’histoire, offre aux visiteurs une incroyable palette de sites et monuments d’une sublime beauté. Rappelons seulement les splendeurs d’un Empire perse contemporain des récits bibliques : ce n’est pas rien que de contempler le tombeau de Cyrus de Grand, dont l’édit de tolérance ouvrit aux Hébreux le chemin du retour d’exil, leur permettant ainsi de se consacrer à l’écriture de ce que nous appelons l’Ancien Testament… Ce n’est pas rien non plus que de découvrir les palais chamarrés d’or et les mosquées tapissées de faïences bleues, dont le pays s’est couvert au fils des siècles, au gré de dynasties plus dépensières les unes que les autres. Il en reste un admirable patrimoine, souvent inscrit au classement de l’UNESCO.

           

Certes, la situation des chrétiens est difficile, et le mot est faible… C’est là que notre voyage de découverte culturelle et religieuse s’est fait « visitation » auprès de frères et sœurs chrétiens. Nous avons rencontré évêques et religieuses, célébré dans leurs églises avec quelques fidèles venus nous accueillir, partagé à cœur ouvert sur les épreuves vécues aussi bien que l’inaliénable espérance habitant les personnes aussi bien que les communautés. Tous nous ont dit la formidable grâce que constitue pour eux le passage de groupes chrétiens français, attentifs à leurs conditions de vie. Nous avons reçu beaucoup de confidences et revenons chargés d’intentions de prière. Bien plus, notre regard sur la foi et l’Église s’est renouvelé, enrichi, approfondi, au point qu’il n’est pas exagéré de parler de conversion.

C’est bien ainsi que le voyage s’est révélé, non seulement pèlerinage, mais bel et bien « visitation ». Les chrétiens d’Iran, tant catholiques qu’orthodoxes, Latins ou Arméniens, attendent que d’autres diocèses français emboîtent le pas et prennent comme nous le risque – qui fut réellement une grâce – d’un pèlerinage en Iran.

Yves-Marie Blanchard, prêtre, 11 octobre 2018.